ROAD TRIPS

Ce blog est publié chronologiquement, le dernier post correspond donc au plus récent. Chaque post est publié en français, avec la version anglaise juste en dessous.
This blog is published chronologically, so the last post is the most recent. Each post is published in French, with the English version below.


Day 24 – Mile 3442
Oklahoma City, Oklahoma

Petite journée aujourd’hui, en nombre de miles parcourus d’une part, mais aussi d’endroits visités d’autre part. Pas un choix personnel, mais simplement parfois parce que certaines portions de la 66 sont moins riches et intéressantes que d’autres, et c’est le cas pour cette partie-là de l’Oklahoma.
Du coup, avant de repartir de Tulsa en direction d’Oklahoma City, nous revenons un peu sur nos pas pour aller à deux endroits que nous n’avions pas pu voir la veille, à cause de la lumière déclinante typiquement « entre chien et loup », et amplifiée par ce gros orage qui approchait (et a tonné une bonne partie de la nuit). Le premier est un drive-in à l’entrée de la ville, l’Admiral Twin Drive-In Theater, encore en activité mais tellement immense qu’impossible à capturer sur une simple photo.
Le second est plus emblématique qu’autre chose, il s’agit de la Cyrus Avery Centennial Plazza, située juste avant le grand pont permettant de traverser l’Arkansas River, une sculpture gigantesque en hommage à cet homme, Cyrus Stevens Avery, qui est en fait le fondateur et donc un peu le père de la Route 66 (et d’ailleurs plus tard de la US Highway 66 Association).
À Stroud, nous nous arrêtons pour photographier le Rock Café, un autre lieu mythique (datant de 1939) reconstruit (en 2009) après un incendie. À Chandler, nous tentons la McJerry ’66 Gallery, mais Jerry McClanahan, qui y expose ses illustrations, aquarelles et peintures à l’huile uniquement sur la Route 66, son obsession, d’ailleurs connu aussi pour être l’auteur de l’incontournable « EZ 66 Guide for travelers », est absent, malgré l’indication « open » sur la façade de la petite maison. Nous nous rabattons sur un simple cliché de sa devanture et roulons jusqu’à Arcadia, la dernière ville de moyenne importance avant Oklahoma City, qui sera notre ultime halte du jour, pour y visiter l’Arcadia Round Barn, l’un des rares édifices de ce type aux États-Unis (il en existerait une vingtaine au total), construit en 1898 et restauré au début des années 90. À noter que si ces granges, réellement impressionnantes (la partie supérieure est à louer pour des concerts, mariages, etc.) sont de forme parfaitement ronde, ça n’est pas par coquetterie architecturale, mais pour mieux résister aux tornades et autres tempêtes qui sont monnaie courante dans la région.

A short day today, in terms of number of miles covered on the one hand, but also the number of places visited on the other. Not a personal choice, but simply sometimes because some parts of the 66 are less rich and interesting than others, and this is the case for that part of Oklahoma. 
So, before leaving Tulsa for Oklahoma City, we retrace our steps a little bit to go to two spots we couldn’t see the day before, because of the declining light typically « between dog and wolf », and amplified by that big storm approaching (and thundering much of the night). The first is a drive-in at the entrance of the city, the Admiral Twin Drive-In Theater, still in operation but so huge that it is impossible to capture it in a single photo. 
The second is more emblematic than anything else, the Cyrus Avery Centennial Plazza, located just before the great bridge across Arkansas River, a gigantic sculpture in homage to this man, Cyrus Stevens Avery, who is in fact the founder and therefore somewhat the father of Route 66 (and later the US Highway 66 Association).
In Stroud, we stop to photograph Rock Café, another mythical place (dating back to 1939) rebuilt (in 2009) after a fire. In Chandler, we try the McJerry’s 66 Gallery, but Jerry McClanahan, who exhibits there his illustrations, watercolours and oil paintings only on Route 66, his obsession, also known as the author of the famous « EZ 66 Guide for travelers », is absent, despite the indication « open » on the front of the small house. We take a simple snapshot of its front and drive to Arcadia, the last medium-sized city before Oklahoma City, which will be our last stop of the day, to visit the Arcadia Round Barn, one of the few buildings of its kind in the United States (there are an estimated 20 in total), built in 1898 and restored in the early 1990s. It should be noted that if these really impressive barns (the upper part is for rent for concerts, weddings, etc.) are perfectly round, it is not for architectural coquetry, but to better resist the tornadoes and other storms that are common in the region. 


Day 23 – Mile 3294
Tulsa, Oklahoma

Nous repartons de Springfield directement par la 66 puisque notre motel s’y trouvait et nous arrêtons rapidement pour profiter de l’incroyable architecture de la mosquée Abou Ben Adhem Shriners, construite en 1923 pour le compte de l’AADMMS (Ancient Arabic Order of the Nobles of the Mystic Shrine). C’est la première mosquée que nous voyons en près de 5000 kilomètres et alors même que nous nous amusons depuis plusieurs semaines à recenser les différentes églises (parfois regroupées par paquets de quatre ou cinq !) vues à intervalle très régulier au bord de la route, souvent perdues au milieu de nulle part, avec leurs parkings gigantesques et leurs panneaux publicitaires.
Des églises toujours parfaitement entretenues même si elles ressemblent souvent à des hangars aménagés (et avec donc clairement des signes extérieurs de richesse, d’abord et surtout dans les endroits les plus reculés et pauvres de la « bible belt »).
Ce contraste saisissant me renvoie à une discussion que j’avais eue quelques jours plus tôt, dans le Mississippi, avec un local à qui j’expliquais qu’il ne fallait surtout pas faire d’amalgame entre arabes, musulmans et islamistes fondamentalistes, et aussi et surtout à quel point tout dans la culture arabe était raffiné, subtil et sophistiqué alors que nos cultures occidentales étaient au contraire totalement « rustiques »…

Notre première véritable halte du jour sera à la Gay Parita Sinclair Station, à Paris Springs, non loin de Halltown. La station essence date de 1930, mais avait été détruite dans un incendie, puis reconstruite par Gary Turner, un homme connu pour raconter les plus incroyables histoires sur la route 66, mais malheureusement décédé en 2015. Depuis, George et Barbara maintiennent ce lieu incroyable en vie et sont bien présents sur place (c’est George, qui était de faction, lorsque nous sommes passés) pour répondre aux questions, laisser les gens prendre des photos, mettre un petit mot sur le livre d’or ou signer l’imposante palissade en bois dressée en hommage à Gary. On peut aussi acheter des souvenirs, mais ici personne ne vous poussera à la consommation. D’ailleurs, si vous voulez simplement boire un café, un thé ou un soda, ils sont mis à disposition, chacun payant ce qu’il a envie de payer. George, avec qui j’ai eu la chance de parler, m’a dit qu’il avait d’autres projets à venir, mais sans m’en dire plus. J’ai donc récupéré son numéro de téléphone afin de l’appeler dans quelques mois, où il sera sans doute en mesure d’en dire davantage.
Un peu plus loin, toujours à Paris Springs, nous photographions une autre station-service (Spencer) impeccablement restaurée (il y a une dizaine d’années seulement). Une grosse trentaine de miles nous séparent de notre prochaine halte, au 66 Drive-In Theatre, à Carthage, l’un des derniers drive-ins encore intacts. Le panneau au bord de la route annonce un seul film (« Closed ») et un peu plus loin, lorsque je me rapproche de la barrière fermée par où doivent passer les véhicules lorsqu’il y a des projections, c’est pour découvrir la très peu hospitalière mention « No Trespassing — Proud NRA member ». De fait, avant de partir, en lisant différents road-books et autres blogs, j’avais remarqué que les quelques téméraires qui avaient tenté de passer outre l’avertissement, avaient toujours été reçus à coups de carabine !…

Nous passons Joplin, suivons le plus ancien tracé de la 66 jusqu’au Kansas, dont nous ne parcourons qu’une vingtaine de miles, et notamment Galena, et Cars on the Route, un snack bar magasin connu pour avoir été la source d’inspiration du dessin animé Cars, d’où sa nouvelle appellation (l’endroit, une ancienne station service des années 1930, se nommait précédemment 4 Women on the Route, car monté par quatre copines). D’ailleurs, le Tow Truck exposé devant la boutique est bien le camion de remorquage dont se sont directement inspirés les créateurs de Pixar pour le personnage de Tow Mater.
À Riverton, nous prenons quelques photos du Brush Arch Bridge, aka Rainbow Bridge (puisqu’il a la forme d’un arc-en-ciel), le dernier de ce type (il a été construit en 1923) encore intact (mais interdiction formelle de rouler dessus).

Un peu plus loin, du côté de Miami, non pas ce Miami-là mais Miami, Oklahoma (nous venons donc d’arriver dans notre huitième état en un peu plus de trois semaines !), nous nous arrêtons auprès de la Neosho River pour déjeuner. Arrive un peu plus tard un vieux monsieur (nonagénaire, mais il me taira son âge exact), sur une grosse moto à trois roues, avec sur le siège arrière… un squelette !… Je lui fais signe (la musique qui sort de son système audio est très très forte, mais il s’avère qu’il est aussi très très dur de la feuille !) et nous échangeons deux trois blagues (je lui demande s’il promène sa femme, il me répond que oui, tous les dimanches, depuis 72 ans) avant que d’une main particulièrement tremblotante il réussisse à remettre le contact et à repartir, toujours musique à fond les ballons.
Nous zappons les innombrables musées sur la route (nous n’avons pas entrepris un tel road trip pour nous enfermer entre quatre murs) et ciblons le Totem Pole Park de Foyil, annoncé partout comme étonnant, surprenant et j’en passe. Finalement, l’endroit est minuscule, le totem et tout ce qui va avec assez pourri et ne seront à sauver de cet arrêt que les trois belles peintures sur sable, encadrées et visibles… dans les toilettes !… Nous décidons que c’en est assez (la lumière n’est de toute façon plus assez bonne pour prendre des photos, un gros orage approche) et nous gagnons Tulsa, par l’autoroute.

We leave Springfield directly by the 66 as our motel was there and we quickly stop to enjoy the incredible architecture of the Abu Ben Adhem Shriners Mosque, built in 1923 for the AADMMS (Ancient Arabic Order of the Nobles of the Mystic Shrine). It is the first mosque we see in nearly 5000 kilometers and even though we have been having fun for several weeks to list the different churches (sometimes grouped in packages of four or five!) seen at very regular intervals by the roadside, often lost in the middle of nowhere, with their huge parking lots and advertising boards. 
Churches that are always perfectly maintained even if they often look like converted sheds (and therefore with clear outward signs of wealth, first and foremost in the most remote and poor places of the « bible belt »). 
This striking contrast reminds me of a discussion I had a few days earlier, in Mississippi, with a local to whom I explained that one should not confuse Arabs, Muslims and Islamist fundamentalists, and also and above all how refined, subtle and sophisticated everything in Arab culture was when our Western cultures were on the contrary totally « rustic »…

Our first real stop of the day will be at the Gay Parita Sinclair Station in Paris Springs, not far from Halltown. The gas station dates back to 1930, but had been destroyed in a fire, then rebuilt by Gary Turner, a man known to tell the most incredible stories about Route 66, but unfortunately died in 2015. Since then, George and Barbara have kept this incredible place alive and have been there (it was George, who was on duty when we came by) to answer questions, let people take pictures, put a note on the guest book or sign the imposing wooden palisade erected in honour of Gary. You can also buy souvenirs, but here no one will push you to consume. Moreover, if you simply want to drink coffee, tea or soda, they are available, everyone paying what they want to pay. George, with whom I had the chance to talk, told me that he had other projects to come, but without telling me more. So I got his phone number to call him in a few months, where he will probably be able to say more. 
A little further on, still in Paris Springs, we are photographing another perfectly restored (only about ten years ago) gas station (Spencer). A big thirty miles separate us from our next stop, at the 66 Drive-In Theatre in Carthage, one of the last drive-ins still standing. The roadside sign announces a single film (« Closed ») and a little further on, when I get closer to the closed barrier where vehicles must pass when there are projections, it is to discover the very unfriendly mention « No Trespassing – Proud NRA member ». In fact, before leaving France, while reading various road-books and other blogs, I noticed that the few reckless people who had tried to ignore the warning had always been received with a rifle!…. 

We pass Joplin, follow the oldest Route 66 to Kansas, of which we only travel about twenty miles, including Galena, and Cars on the Route, a snack bar store known to have been the source of inspiration for the cartoon Cars, hence its new name (the place, a former gas station from the 1930s, was previously called 4 Women on the Route, because it was transformed by four girlfriends). Moreover, the truck that can be seen in front of the shop is indeed the tow truck that directly inspired the creators of Pixar for the character of Tow Mater. 
In Riverton, we take some pictures of the Brush Arch Bridge, aka Rainbow Bridge (since it has the shape of a rainbow), the last of its kind (it was built in 1923) still intact (but formally forbidden to drive over it). 

A little further away, on the Miami side, not Miami-that Miami, but Miami, Oklahoma (so we’ve just arrived in our eighth state in a little over three weeks!), we stop by the Neosho River for lunch. A little later comes an old gentleman (in his nineties, but he won’t tell me his exact age), on a big three-wheeled motorcycle, with a skeleton on the back seat…!.. I wave to him (the music coming out of his audio system is very, very loud, but it turns out he is also very, very def !) and we exchange two or three jokes (I ask him if he walks his wife, he answers me that yes, every Sunday, for 72 years) before with a particularly trembling hand he manages to start his bike and leave, always playing music loud loud loud. 
We skip the countless museums on the road (we didn’t undertake such a road trip to lock ourselves between four walls) and target Foyil’s Totem Pole Park, announced everywhere as surprising, amazing, startling and things in « ing ». Finally, the place is tiny, the totem pole and everything that goes with it completely rotten and we only have to save from this stop the three beautiful sand paintings, framed and visible… in the toilets!… We decide that it is enough (the light is no longer good enough to take pictures anyway, a big storm is approaching) and we reach Tulsa, by the highway. 


Day 22 – Mile 3076
Springfield, Missouri

Nous avons débuté ce matin notre petit jeu de cache-cache avec l’Historic Route 66 ou plutôt devrais-je dire LES Historic Route(s) 66, puisqu’il en existe plusieurs tracés (principalement trois, mais avec juste quelques portions ayant évolué de l’un à l’autre, au cours de trois décennies —1920’s à 1940’s—, et notamment Santa Fe, que la 66 traversait et qu’ensuite elle a contourné, à partir de 1937). Bien sûr, la route n’est pas toujours indiquée comme telle (pour rappel, elle a été officiellement et définitivement fermée en 1985). Bien sûr, le GPS insiste pour privilégier, quasiment à chaque entrée-sortie, l’Interstate 44. Bien sûr, nous avons eu nos petits ratés (une voie sans issue et une portion dans un état, disons, plus que rudimentaire), mais nous avons aussi eu nos petites victoires, comme cette portion bitumée dénichée un peu par hasard (avouons-le) en prolongement d’une partie devenue ou redevenue un simple chemin de terre.
Évidemment, beaucoup de lieux sont labellisés Route 66 et tentent de profiter de son (assez récent) regain d’attention (de la part des Européens, d’ailleurs, les Américains préférant foncer sur l’Autoroute et ne s’arrêter que pour remplir le réservoir d’essence de leur voiture, et leur estomac), mais c’est fait la plupart du temps avec un minimum de pondération, ce qui d’ailleurs peut surprendre de prime abord.

À noter que c’est dans l’Oklahoma, que nous entamerons demain, sans doute jusqu’à Tulsa, qu’ont été réimplantés les premiers panneaux « Historic Route 66 ». C’est aussi à partir de l’Oklahoma que la route offre et réserve ses plus beaux et authentiques atours, et c’est au Nouveau-Mexique et en Arizona qu’elle est la plus belle. Il me tarde donc d’être quelques centaines de miles plus loin, car je connais bien mieux cette partie-là du pays.
Mais pour l’instant, nous terminons notre traversée du Missouri, cet état du midwest que d’aucuns considèrent un peu comme marquant une nette transition entre l’est et l’ouest du pays. Au niveau paysages, et en ayant l’Atlantique dans le dos, c’est effectivement dans le Missouri qu’apparaissent les premières grandes prairies et d’ailleurs l’état compte de nombreux élevages et ranchs.

À Cuba, nous nous arrêtons pour contempler et photographier les nombreuses fresques de cette petite ville qui se présente d’ailleurs comme une « mural city ». Il y est beaucoup question de guerre civile, mais pas que. Un peu plus loin, après une portion de route très roller coster (du côté de Rolla, justement) nous bifurquons en direction de Devil’s Elbow, un virage en forme de coude de la Big Piney River, bordée des différents massifs forestiers des Ozarks et son pont, dont la construction remonte à 1927.
Nous descendons déjeuner au bord de l’eau (il est déjà deux heures de l’après-midi) mais sommes délogés par une pluie soutenue, qui nous fait reprendre la route, jusqu’à Springfield, où nous prenons nos quartiers d’un soir au Rest Haven Court, un motel datant de l’après-guerre, récemment rénové dans le respect de son aspect d’époque (et avec toujours son imposant néon au bord de la Route (66).

Aujourd’hui, nous avons aussi vu le plus grand rocking chair au monde (plus de 10 mètres de haut et 5 de large, nous avons photographié si jamais un fan hardcore de rocking chairs nous lit —mais ne nous sommes pas arrêté au musée de l’aspirateur de St. James, faut pas non plus abuser !), mais toujours pas pigé l’intérêt de la chose, hormis une citation probable dans le Guiness Book des records. 

We started this morning our little hide-and-seek game with the Historic Route 66 or rather should I say THE Historic Route(S) 66, since there are several routes (mainly three, but with just a few portions having evolved from one to the other, during three decades —1920’s to 1940’s—, and in particular Santa Fe, which the 66 crossed and then went around, from 1937). Of course, the road is not always indicated as such (as a reminder, it was officially and definitively closed in 1985). Of course, the GPS insists on favouring Interstate 44 at almost every entrance/exit. Of course, we had our little failures (a dead-end road and a portion in a state, let’s say, more than rudimentary), but we also had our little victories, like this asphalt portion found a little by chance (let’s face it) as an extension of a part that became a simple dirt road again. 
Obviously, many places are labelled Route 66 and try to take advantage of its (fairly recent) renewed attention (from Europeans, moreover, Americans prefer to rush onto the Highway and stop only to fill the gas tank of their car, and their stomachs), but this is done most of the time with a minimum of weighting, which may surprise at first glance.

It should be noted that it’s in Oklahoma, which we will begin tomorrow, probably as far as Tulsa, that the first « Historic Route 66 » signs have been re-established. It is also from Oklahoma that the road offers and reserves its most beautiful and authentic attire, and it is in New Mexico and Arizona that it is most beautiful. So I look forward to being a few hundred miles away, because I know that part of the country much better. 
But for now, we are finishing our crossing of Missouri, the midwestern state that some consider a bit like a clear transition from east to west. In terms of landscapes, and with the Atlantic in the back, it is indeed in Missouri that the first large meadows appear and moreover the state has many livestock farming and ranches.

In Cuba, we stop to contemplate and photograph the many frescoes of this small city, which by the way presents itself as a « mural city ». There is a lot about civil war, but not just that. A little further on, after a section of very roller-skating coastal road (on the Rolla side, precisely) we turn towards Devil’s Elbow, an elbow-shaped bend in the Big Piney River, bordered by the various forest massifs of the Ozarks and its bridge, which was built in 1927. 
We go down to the waterfront for lunch (it is already two o’clock in the afternoon) but are dislodged by heavy rain, which takes us back on the road, to Springfield, where we take our one-night stands at Rest Haven Court, a post-war motel recently renovated in keeping with its period appearance (and still with its imposing neon on the roadside (66). 

Today, we also saw the greatest rocking chair in the world (more than 10 meters high and 5 meters wide, which we photographed if ever a hardcore rocking chair fan reads us – but didn’t stop at the St. James Vacuum Museum, so don’t abuse it!), but still didn’t get the point, except for a probable quote in the Guiness Book of Records. 


Day 22 – Mile 2872
Bourbon, Missouri (route 66)

À l’origine, nous avions prévu de faire une balade (à pied s’entend) quelque part dans la Mark Twain National Forest, sauf que c’est immense (plus de douze mille kilomètres carré) et que, comme d’habitude, les informations récoltées sur les sites gouvernementaux ou locaux sont assez éparses, pour ne pas dire hermétiques. Hé oui, aux États-Unis, dès lors qu’on s’écarte des quelques parcs nationaux « classiques » et attrape-touristes (payants, bien sûr), c’est la croix et la bannière pour trouver sentier à son pied. Par contre, tous les magasins et les supermarchés du pays, du nord au sud et d’est en ouest, sont bondés, en permanence, parfois jour et nuit !
Nous allons en faire à nouveau l’expérience, en nous repliant sur un autre parc, unique à sa façon (c’est le seul semble-t-il à préserver un ensemble de plusieurs rivières), l’Ozark National Scenic Riverways, non sans avoir traversé (avant et après) une bonne portion de cette Mark Twain Forest, effectivement aussi dense que magnifique, Ozark National Scenic Riverways que nous atteignons après avoir emprunté un chemin de terre et de cailloux long de plus de 4,5 miles, rappelant « Le Salaire de la Peur » (un poulet rôti en lieu et place des explosifs à l’arrière), avec sur notre chemin un unique panneau criblé de balles, ainsi qu’un autre moyennement hospitalier (« We don’t dial 911 »). Heureusement, nous n’avons pas croisé la moindre voiture (la route est si étroite que cela aurait été la plupart du temps impossible) et à l’arrivée, tout comme l’autre fois au Grenada Lake, personne, et nous avons pu pleinement profiter de la tranquillité incroyable de cet endroit (on ne pourrait pas y garer plus d’une demi douzaine de voitures, de toute manière).
Ce qui est incroyable, c’est que nos petits amis annoncent fièrement plus de 1,3 million de visites… « récréatives » ! (sous-entendu sans doute des gens qui payent pour je ne sais quelle excursion en canoë avec son lot de gros bras qui rament pour eux). D’ailleurs, notre comportement est si « anormal » au pays du tout consommable que la seule personne que nous apercevrons en un peu plus de deux heures trente, sera un garde-forestier, sur son bateau à moteur, intrigué par la présence de notre voiture au bord de l’eau, et qui reprendra son chemin en découvrant avec surprise… que nous utilisons l’une des tables de pique-nique aménagées le long de la rivière !…

Nous poursuivons ensuite notre traversée de la forêt, les paysages deviennent un peu plus rocheux que les jours qui ont précédé, et nous rejoignons la route 66 à Eureka, un peu plus à l’ouest que Saint-Louis, où nous reviendrons (et que nous visiterons donc) plus tard, mi-novembre, pour un concert de Wilco. Les hôtels à Eureka s’avérant hors de prix, nous décidons d’entamer notre longue ligne droite jusqu’à la Californie et roulons trois quarts d’heure, profitant du coucher de soleil (pleine face !), jusqu’à Bourbon, toujours dans le Missouri, où j’écris actuellement ces quelques lignes…

Nota : à un moment, nous avons emprunté une petite route, appelée ZZ, jusqu’à son sommet, ce qui nous a assez amusé, photo à l’appui. 

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Originally, we had planned to go for a walk (by foot then) somewhere in the Mark Twain National Forest, except that it is huge (more than twelve thousand kilometers square) and, as usual, the information collected on government or local sites is quite scattered, not to say hermetic. Yes, in the United States, as soon as you move away from the few « classic » national parks and tourist-traps (paying, of course), it is the cross and the banner to find the path at your feet. On the other hand, all the country’s stores and supermarkets, from north to south and east to west, are permanently crowded, sometimes day and night!
We will experience it again, by withdrawing to another park, unique in its own way (it is the only one that seems to preserve a set of several rivers), the Ozark National Scenic Riverways, not without having crossed (before and after) a good portion of this Mark Twain Forest, indeed as dense as it is magnificent, Ozark National Scenic Riverways that we reach after having taken a dirt and stone road more than 4.5 miles long, reminiscent of « Le Salaire de la Peur » (a roasted chicken instead of explosives in the back), with on our way a single panel full of bullets, as well as another hospital means (« We don’t dial 911 »). Fortunately, we didn’t cross any cars (the road is so narrow that it would have been impossible most of the time) and upon arrival, just like last time at Grenada Lake, nobody, and we were able to fully enjoy the incredible tranquility of this place (we couldn’t park more than half a dozen cars there, anyway). What’s amazing is that our US friends proudly announce more than 1.3 million « recreational » visits a year ! (Implied probably by people who pay for some canoe trip with its lot of big arms rowing for them). Moreover, our behaviour is so « abnormal » in this country of all consumable that the only person we will see in a little over two and a half hours will be a forest ranger, on his motor boat, intrigued by the presence of our car by the water, and who will go back to his way after discovering with surprise… that we use one of the picnic tables arranged along the river !

We then continue our journey through the forest, the landscapes become a little more rocky than the days before, and we reach Route 66 in Eureka, a little further west than Saint-Louis, where we will return (and therefore visit) later, in mid-November, for a Wilco concert. As the hotels in Eureka are so expensive, we decide to start our long straight line to California and drive three quarters of an hour, enjoying the sunset (full face!), to Bourbon, still in Missouri, where I am currently writing these few lines…

Note: At one point, we took a small road, called ZZ, to its summit, which amused us enough, with a photo to support it (see above). 

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Days 21 – Mile 2591
Poplar Bluff, Missouri

Nous quittons le Mississippi, non sans un peu de vague à l’âme, et faisons le double stop obligatoire de Memphis. Non pas Graceland, mais en pole position le mythique Sun Studio de Sam Philipps, qu’il avait lui-même baptisé (à raison) « le berceau de rock’n’roll », puisque c’est dans ce tout petit studio d’enregistrement, au 706 Union Avenue qu’après un premier temps à pratiquer des captations amateurs pour des particuliers, il se consacra à coucher sur bandes des musiciens de blues, de country, ainsi que les premiers franc-tireurs du rock’n’roll puis du rockabilly.
À noter d’ailleurs que le tout premier morceau de rock’n’roll, enregistré bien sûr au Sun Studio, n’est ni d’Elvis Presley, ni de Jerry Lee Lewis, ni de Roy Orbison, ni de Carl Perkins, et pas non plus de Johnny Cash, tous ayant pourtant fait leurs débuts sur Sun Records, mais « Rocket 88 » (en 1951, donc trois ans avant « That’s All Right Mama » du King !) De Jackie Brenston & His Delta Cats (en réalité Ike Turner accompagné des Kings of Rhythm).
Nous poursuivons ensuite notre promenade jusqu’au Mississippi, à un mile et demi de là, que nous atteignons bien sûr en empruntant la mythique Beale Street, une rue constellée de bars et lieux musicaux qui, bien sûr, sentent un peu beaucoup l’aimant à touristes un peu facile, mais en restant toutefois un minimum authentique, bien plus que Broadway à Nashville par exemple (mais moins que le Carré Français de New Orleans, pour citer un autre endroit où nous avons récemment trainé nos guêtres)… 

En milieu d’après-midi, nous roulons jusqu’à Poplar Bluff, à deux heures et demi de là, la dernière relativement grande ville avant la Mark Twain National Forest, où nous avons prévu de faire une grande virée demain matin et midi, avant de foncer en direction de Saint-Louis et d’embarquer pour la Route 66.
Ce qui nous fait au passage notre sixième état (le Missouri) visité en pile trois semaines. Un Missouri où l’horizon s’élargit nettement plus que les paysages rencontrés dans le Mississippi, plus valloné, avec encore des champs de coton mais déjà une plus grande proportion de cultures diverses (beaucoup de céréales, de maïs). Comme toujours, énormément de voitures sur les routes, à tel point qu’on en arrive souvent à se demander si ces gens ont des maisons ou s’ils passent leur temps dans leur pick-up et autres Ford Mustang (nous en dénombrons plus en une demi-journée qu’en dix ans sur les routes françaises !)…

We leave Mississippi, not without raising waves in our soul, and make the mandatory double stop in Memphis. Not Graceland, but in pole position the mythical Sam Philipps’ Sun Studio, which he himself had rightly called « the cradle of rock’n’ roll », since it was in this very small recording studio, at 706 Union Avenue, that after a first time practicing amateur recordings for individuals, he devoted himself to putt blues, country musicians and the first mavericks of rock’n’ roll and rockabilly on tape.
It should also be noted that the very first rock’n’ roll track, recorded of course at the Sun Studio, is neither by Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison, Carl Perkins, nor Johnny Cash, all of whom made their debut on Sun Records, but « Rocket 88 » (in 1951, three years before « That’s All Right Mama » by the King!) by Jackie Brenston & His Delta Cats (actually Ike Turner with the Kings of Rhythm).
We then continue our walk to Mississippi River, a mile and a half away, which we reach of course by taking the mythical Beale Street, a street dotted with bars and musical places that, of course, smell a little bit of a too easy tourist magnet, but still remain a minimum authentic, much more than Broadway in Nashville for example (but less than the French Square of New Orleans, to name another place where we recently dragged our spats)… 

In the middle of the afternoon, we drive to Poplar Bluff, two and a half hours away, the last relatively large city before the Mark Twain National Forest, where we plan to take a big ride tomorrow morning and noon, before heading for Saint-Louis and boarding Route 66.
This makes us our sixth state (Missouri) visited in exactly three weeks. Missouri where the horizon widens considerably more than the landscapes encountered in the more hilly Mississippi, with even some cotton fields but already a greater proportion of various crops (many cereals, corn). As always, there are a lot of cars on the roads, so much that we often wonder if these people have houses or if they spend their time in their pickup trucks and Ford Mustang (we count more of those fancy cars in half a day than in ten years on the French roads!)….

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Days 19-20 – Mile 2382
Mississippi (again)

Si ma curiosité naturelle et mon appétit de découvertes, de rencontres et de voyages, ont incroyablement nourris, jusqu’à satiété même, je ne sais pas si j’ai appris grand-chose de ma remontée du Mississippi, depuis la Nouvelle-Orléans jusqu’à Memphis (où nous allons passer plus de temps aujourd’hui, et ce sera dans le blog demain), en me laissant porter par les vieux courants un peu boueux du country blues le plus impeccablement rustique (oui, c’est un compliment, et pas des moindres) et de ses nombreux cousins et voisins de chantbrée (la faute est volontaire, merci), mais en tout cas j’ai eu la confirmation d’une réflexion que je me suis déjà faite à de nombreuses reprises, notamment au sortir de beaucoup d’interviews de bluesmen faites ces trois dernières décennies (hop, petite pub en passant, le bouquin correspondant est toujours disponible par ici, même que vous pouvez aussi profiter de l’offre actuelle avec les frais de port offerts par là).
Et cette réflexion —ne vous attendez pas non plus à une lumineuse révélation, hein ?— est que c’est la vie, ses accidents de parcours et ses détours —d’autant plus quand nous nageons en plein imprévu, et nous avons eu nous-mêmes notre lot de surprises depuis notre arrivée ici— qui font de certains hommes des songwriters et parfois, des bluesmen, cette catégorie beaucoup moins en voie de disparition que certains aimeraient le faire croire.

Par contre, j’ai appris quelque chose au contact de Mark « Muleman » Massey, c’est que la naissance d’une âme blues la plus pure est d’autant plus prégnante quand elle prend sa source dans cette partie du globe. Mark a vraiment le blues qui coule dans ses veines. Un blues qui a jailli de son expérience à Parchman Farm (oui, celle qui a inspiré le « Parchman Farm Blues » de Bukka White et tant d’autres chansons !), le pénitencier d’état du Mississippi, la seule prison de tout l’état comportant une chambre d’exécution et qui soit d’ailleurs habilitée à appliquer la peine de mort, où Mark a passé de trop longues années, dans une partie de la prison depuis fermée pour insalubrité. Mais c’est aussi là qu’il a découvert la musique, en intégrant le groupe du pénitencier…
Aujourd’hui, son rêve est d’avoir des groupes dans toutes les prisons du pays, avec l’espoir que beaucoup de condamnés s’en sortent, comme lui il y a plus de vingt ans, avec, par et pour la musique. Première étape de la recolonisation salvatrice de ces endroits par les bienfaits d’une musique aux effets incontestablement cathartiques, ce vendredi, il retournera dans l’enceinte du pénitencier, en tant que membre de jury pour un « radio-crochet » où il écoutera jouer et chanter une vingtaine de détenus avant d’accompagner sur scène les meilleurs d’entre eux. Un grand moment en perspective qui, à n’en pas douter, aura aussi des effets bénéfiques sur sa propre trajectoire, déjà particulièrement au beau fixe ces derniers temps, avec un nouvel album à venir très bientôt (que vous pouvez guetter en allant sur son site ICI), et dont le moins que l’on puisse dire —après avoir entendu notre homme en jouer quelques morceaux— est qu’il est un cran encore supérieur au précédent qui, pourtant, portait déjà très bien son titre, « One step ahead of the Blues » !… Pour faire simple : Mark est la plus parfaite incarnation du blues contemporain. Muleman is the man !

Nous sommes aussi revenus à Clarksdale, hier, pour finaliser le clip vidéo de Kevin Brown sur ce titre appelé donc « Clarksdale » (voir le blog d’il y a quelques jours) et dans lequel il rend hommage à cette ville et à ses pilliers, ses « rocks » comme il les appelle. Avant-hier il pleuvait et nous ne pouvions donc pas être raccord avec les images déjà en boite. Mais comme toujours, il y avait une raison à cela et cette raison est qu’hier nous avons pu rencontrer de manière totalement fortuite Marvin « The Brickman » Young, ce qui ne serait sans doute pas arrivé avant-hier. Brickman est un adorable nounours (option nœud papillon et regard rigolard et sans oublier son rire parmi les plus contagieux que j’aie jamais entendu) et nous avons filmé un monologue assez incroyable de son cru, accompagné à la slide guitar (« Amazing Grace ») par Kevin, même que nous vous posterons les images très prochainement ici même…

Nota : Dimitri s’est vu confier la mission de dessiner un logo pour Mark, voici son premier croquis (ce sera une mule, en costume, avec une guitare dans le dos)…

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If my natural curiosity and appetite for discoveries, encounters and travels have incredibly nourished me, to the point of satiation, I don’t know if I’ve learned much from my trip up the Mississippi, from New Orleans to Memphis (where we’ll spend more time today, and it will be in the blog tomorrow), by letting myself be carried away by the old, muddy currents of the most impeccably rustic country blues (yes, that’s a compliment, and not the least) and its many cousins and neighbours of chantber (the fault is voluntary, thank you), but in any case I have had the confirmation of a reflection that I have already done many times, especially after many bluesmen interviews made over the last three decades (hop, little ad by the way, the corresponding book is still available here, even that you can also enjoy the current offer with the shipping costs offered there). 
And this reflection —don’t expect a bright revelation either, huh?— is that it’s life, its accidents and detours —much more so when one swim in the middle of the unexpected, and we’ve had our share of surprises ourselves since our arrival here— that make some men songwriters and sometimes bluesmen, this category much less in danger of disappearing than some would like to make it seem. 

On the other hand, I learned something from Mark « Muleman » Massey, and this is that the birth of the purest blues soul is all the more significant when it originates in this part of the world. Mark really has the blues in his veins. A blues that emerged from his experience at Parchman Farm (yes, the one that inspired Bukka White’s « Parchman Farm Blues » and so many other songs!), the Mississippi State Penitentiary, the only prison in the state with an execution chamber and the only one in the whole state that is authorized to apply the death penalty, where Mark spent too many years, in a part of the prison since closed for insalubrity. But it was also there that he discovered music, by joining the penitentiary group…
Today, his dream is to have groups in all the country’s prisons, with the hope that many convicts will manage, as he did more than twenty years ago, with, by and for music. First step in the salutary recolonization of these places by the benefits of music with undeniably cathartic effects, this Friday, he will return to the penitentiary as a jury member for a « talent contest » where he will listen to about twenty prisoners play and sing before accompanying the best of them on stage. A great moment in perspective which, undoubtedly, will also have beneficial effects on his own trajectory, already particularly well established recently, with a new album to come very soon (which you can watch for while going to his site HERE), and of which the least we can say —after having heard our man play a few pieces— is that he is an even higher notch than the previous one which, however, already carried very well his name, « One step ahead of the Blues » !… To put it simply: Mark is the most perfect incarnation of contemporary blues. Muleman is the man!

We also came back to Clarksdale yesterday to finalize Kevin Brown’s video clip on his track called « Clarksdale » (see the blog from a few days ago) and in which he pays tribute to this city and its pillars, its « rocks » as he calls them. The day before yesterday it was raining and so it couldn’t match with the images already filmed. But as always, there was a reason for that and that reason is that yesterday we were able to meet Brickman completely by chance, which probably wouldn’t have happened the day before yesterday. Marvin « The Brickman » Young is an adorable teddy bear (bow tie and funny eye as options,  not to mention his laughter among the most contagious I have ever heard) and we filmed a rather incredible improvised monologue of his own, accompanied on slide guitar (« Amazing Grace ») by Kevin, even that we will post the video very soon here….

Note: Dimitri has been entrusted with the mission of designing a logo for Mark, here is his first sketch (it will be a mule, in costume, with a guitar on the back) —see above…


Day 17 – Mile 2082
Nashville, Tennessee

13h pétantes, nous sommes sur le lieu de notre rendez-vous avec le Two-Dollar Elvis, autoproclamé « the cheapest Elvis imposter of America » ou encore plus simplement « King of the road », qui ne tarde pas à arriver lui-même, au volant d’une Cadillac 1957 de couleur bleu ciel maculé de rouille, de griffures, etc. (pour rappel, la Pink Cadillac du King était un modèle de 1955), et dans un état de délabrement tel que la célèbre Peugeot 403 cabriolet de Columbo (qui lui est contemporaine, puisque de 1956) pourrait sembler fraîchement sortir de son usine. Mais la voiture ronronne (quand il ne fait ni trop chaud, ni trop froid, et qu’elle est bien garée sur une surface plane) et c’est l’essentiel !
Jason Buchanan (de son vrai nom) est un véritable Don Quichotte à sa manière, aussi noble et ingénieux que son homologue d’outre-Atlantique, se battant contre (moulins à) vents contraires, au quotidien, pour que « son » Nashville, celui qu’il aime et dont il adore rien de plus que parcourir les rues, conserve son prestige, son aura et sa toute grande magnificence. Jason a organisé des festivals, des concerts, il a été tour manager, il a même été Père Noël et mille autres jobs alimentaires (mais fun), mais surtout il a tâté de la stand-up comedy et cela se voit et s’entend !

Le $2 Elvis, tout comme son illustre modèle, a un goût plus que prononcé pour l’extravagance (regardez-moi ce beau costume, et avec la petite cape qui va bien avec, s’il vous plait !). Il parle vite, il parle fort, il parle beaucoup ! Son crédo : « Fun, games, tours of Nashville… HunkaHunka burnin’ fun ! »… Il le répète à tout bout de champ (ou en l’occurence de boulevard) et rapidement on s’en est amusé, en demandant presque ad nauseam à Dimi, qui était assis à l’arrière de la voiture, « Dimi, quel genre de fun es-tu en train de vivre, là ? »… Et Dimi de devoir s’égosiller à beugler plus fort à chaque fois que la fois précédente : « HON-KA-HON-KA BUR-NIN’ FUN ! »… Et vous savez quoi ? On a vraiment passé un pur moment de « honka-honka burnin’ fun »…
Et donc Jason de nous balader pendant près de quatre heures et de nous montrer ses endroits favoris, loin par exemple de Broadway, le « Champs-Élysées local » (qui ne présente d’ailleurs pas plus d’intérêt que les Champs-Elysées —et seulement deux ou trois bonnes adresses sont vraiment d’origine), en nous racontant sa ville (d’adoption), en nous faisant découvrir ses endroits préférés, en nous montrant aussi à quel point, tout comme l’avait fait Van Wilks deux semaines plus tôt au sujet d’Austin, la ville était en train d’être défigurée, avec toujours plus de buildings nouvellement construits, toujours plus de logements et donc d’habitants, toujours plus de voitures et le trafic qui va avec, et à chaque fois un peu de l’âme de Nashville qui s’étiole. Comme par exemple cet ensemble de logements sociaux qui va être détruit, et ses habitants déplacés on ne sait où, pour la construction d’un énième stade…

Jason devait être un sacré acteur de stand-up, car il a ce don, rare, du rythme de la comédie. Le langage de la comédie est clairement sa langue maternelle. D’ailleurs, après quelques minutes seulement de virée pétaradante, je commençais déjà à réfléchir à un petit rôle que je pourrais lui écrire, pour « Crazy H », le road movie que j’espère venir tourner ici l’année prochaine, de New York City à Flagstaff, Arizona, en passant donc par Nashville. Nous avons plus d’une heure trente d’enregistrements audio du $2 Elvis, mais il va nous falloir un peu de temps pour tout écouter et éplucher, surtout que les prochaines journées risquent d’être chargées puisque nous allons bientôt nous faire la Route 66 (dans les deux sens !). Ceci dit, promis, dès que possible, nous en posterons ici même un ou deux extraits.
En attendant, vous pouvez toujours visiter son site (en cliquant ) et aussi écouter cette chanson que lui a consacré le duo de power raw blues & roll Left Lane Cruiser, originaire de Fort Wayne, Indiana (pile au centre d’un triangle entre Chicago, Detroit et Indianapolis), et qui ouvre leur dernier album en date, « Shake And Bake », paru plus tôt cette année. Vous allez voir, c’est aussi jubilatoire que le bonhomme lui-même !

At 1pm sharp, we are at the place where we meet the Two-Dollar Elvis, self-proclaimed « the cheapest Elvis imposter of America » or even more simply « King of the road », who soon arrives himself, at the wheel of a 1957 Cadillac in light blue with rust, scratches, etc. (as a reminder, the King’s Pink Cadillac was a 1955 model), and in a state of disrepair such that Columbo’s famous Peugeot 403 convertible (which is contemporary with it, since from 1956) might seem to have just left its factory. But the car purrs (when it is neither too hot nor too cold, and it is well parked on a flat surface) and that’s the main thing!
Jason Buchanan (his real name) is a true Don Quixote in his own way, as noble and ingenious as his counterpart from the other side of the Atlantic, fighting against headwind(mill)s on a daily basis, so that « his » Nashville, the one he likes and loves nothing more than walking the streets, retains its prestige, its aura and its great magnificence. Jason has organized festivals, concerts, he has been a tour manager, he has even been Santa Claus and a thousand other food (but fun) jobs, but above all he has tried stand-up comedy and you can see and hear it! 

The $2 Elvis, like his famous model, has a more than pronounced taste for extravagance (look at this beautiful suit, and with the little cape that goes with it, please!). He talks fast, he talks loud, he talks a lot! His credo: « Fun, games, tours of Nashville… HunkaHunka burnin’ fun! »… He repeats it every time and quickly we had a bunch of good laugh, asking Dimi, who was sitting in the back of the car, « Dimi, what kind of fun are you living there? »… And Dimi from having to shout louder every time he screams than the previous time: « HON-KA-HON-KA BUR-NIN’ FUN! »… And you know what? We really had a great time of « honka-honka burnin’ fun »…
And so Jason to drive us for almost four hours and show us his favorite places, far away from Broadway, for example, the « local Champs-Élysées » (which is no more interesting than the Champs-Elysées – and only two or three good addresses are really of origin), by telling us about his city (by adoption), by making us discover his favorite spots, by also showing us how, just as Van Wilks had done two weeks earlier about Austin, the city was being disfigured, with more and more newly built buildings, more and more homes and therefore more people, more and more cars and the traffic that goes with it, and each time a little bit of the soul of Nashville withering away. For example, this social housing complex that is going to be destroyed, and its inhabitants displaced, we do not know where, for the construction of yet another stadium….

Jason must have been a hell of a stand-up actor, because he has this rare gift for comedy rhythm. The language of comedy is clearly his mother tongue. In fact, after only a few minutes of a buzzing ride, I was already starting to think about a little role I could write for him, for « Crazy H », the road movie I hope to shoot in the US next year, from New York City to Flagstaff, Arizona, via Nashville. We have more than an hour and a half of audio recordings of the $2 Elvis, but it will take us a little time to listen and check everything, especially since the next few days are likely to be busy since we will soon be doing the Route 66 (both ways!). That being said, I promise, as soon as possible, we will post one or two excerpts here. 
In the meantime, you can still visit his site (by clicking Here) and also listen to this song dedicated to him (the video is available just a little bit higher) by the raw power blues & roll duo Left Lane Cruiser, from Fort Wayne, Indiana (right in the middle of a triangle between Chicago, Detroit and Indianapolis), which opens their latest album, « Shake And Bake », released earlier this year. You’ll see, it’s as jubilant as the man himself!


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Day 16 – Mile 1998
(In the pampas, not so far from Manchester, Tennessee)

Day off forcé hier ou en tout cas un peu obligé, entre le King Biscuit Festival où nous étions censés retourner mais qui nous avait tant déplu la veille, et les pluies torrentielles toute la journée, qui ont fait descendre la température de 24 à… 4 degrés ce matin, nous étions mieux au chaud, toujours chez l’ami Mark « Muleman » Massey, à refaire le monde, voir deux trois films (dont l’incommensurable bouse « Singularity », que je vous conseille tout de même si vous voulez vous marrer cinq minutes) et rattraper les retards ici ou là…
Nous attendons que Mark ait fini de nous préparer ses crevettes « Muleman Special » (marque déposée !), pour la route, puis embarquons pour cinq bonnes heures pour une succession de belles autoroutes très certainement comme on n’en voit qu’aux États-Unis. J’ai roulé dans de nombreux endroits, mais n’ai jamais ressenti un tel sentiment de liberté qu’ici. Et puis, avouez que s’arrêter pour une pause pipi à l’aire de repos (d’une propreté irréprochable comme partout) Loretta Lynn & Hank Williams, c’est tout de même un peu plus classe que de se boucher le nez dans un urinoir Vinci en priant je ne sais quelle divinité que le supplice olfactif ne dure pas trop longtemps (tout en chassant d’une troisième main imaginaire les obligatoires mouches de circonstance).

Lorsque nous arrivons au Tennessee, puis passons au sud de Nashville et enfin descendons plein sud pour Manchester, les différences avec le Mississippi sautent aux yeux ! Fini les maisons en bois plus ou moins délabrées, ici tout est en dur, tout est grand, tout est propre, les jardins sont parfaitement tondus, bref y’a du pognon.
Ce matin, avant de partir, en vérifiant l’adresse précise de la salle de concert où nous devons voir ce soir Cheap Trick + ZZ Top (la tournée de leurs 50 ans !), j’avais découvert qu’en réalité il ne s’agissait pas d’un double concert, mais de deux concerts parmi vingt-quatre, dans le cadre d’un gros festival, Exit 111, à la configuration assez proche du Download (5 scènes, etc.). Du coup, j’ai fait ronronné le moteur plus que de raison, afin d’arriver plus tôt et de profiter de Blackberry Smoke, impeccables sur scène, un peu comme les Black Crowes de la grande époque, en formation sonique disons plus compacte, ce qui nous a permis aussi de voir que nos Gojira nationaux s’exportaient particulièrement bien, malheureusement aussi que Ghost (qui jouait entre Cheap Trick et ZZ Top) reste une supercherie d’une abyssale vacuité (bon, je n’ai jamais aimé Kiss, je ne suis donc pas cœur de cible, mais quand même !), et enfin de vérifier que contre toute attente Def Leppard (qui clôturait cette froide nuit de pleine lune, 5 degrés à peine) valait toujours le coup d’œil. Amusant d’ailleurs de constater que le groupe, finalement, n’a rien perdu de son mordant alors que je ne l’avais pas vu sur scène depuis… 35 ans !
Même chose pour ZZ Top, pour ce qui est de l’exceptionnelle efficacité, la bête en a encore sous le pied, croyez-moi !

Par contre, Cheap Trick, et avec toute l’affection que j’ai pour ce groupe que j’écoutais déjà tout minot, ça a été tout de même beaucoup laborieux que la dernière fois que j’avais vu le groupe, à Londres. Déjà Robin Zander a littéralement perdu sa voix au bout de 20 minutes et il a fallu improviser un petit intermède avec Tom Petersson reprenant « I’m waiting for the man » du Velvet, dans une version qui paraissait assez chaotique et… hey, Tom, on t’adore, mais n’essaye plus de chanter, OK ? Rick Nielsen a aussi pris un petit coup de vieux, même si ses doigts sont toujours aussi véloces (et qu’un second guitariste, ou troisième si on compte Robin, est là pour arrondir les angles —et aussi pour supplanter Robin au chant, parfois…).
Mais à bien regarder l’incroyable set list (« Hello There », « How About You », « California Man », « Need Your Love, « Stop This Game », « I’m Waiting for the Man »,  « I Want You To Want Me », « Dream Police », une version hallucinante de « Ain’t That a Shame », à quatre guitares, avec l’arrivée de Charlie Starr de Blackberry Smoke, « Surrender », « Aux Wiedersehen » et « Goodnight Now ») et l’exceptionnelle longévité de ce groupe sans équivalent, tout ceci reste du chipotage et nous avons passé un excellent moment.

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Forced day off yesterday or at least a little forced, between the King Biscuit Festival to which we were supposed to return but which we had disliked so much the day before, and the torrential rains all day long, which lowered the temperature from 24 to… 4 degrees this morning, we were better off in the warmth, still at our friend Mark « Muleman » Massey’s place, reinventing the world, watching two or three movies (including the immeasurable « Singularity » dung, which I still recommend if you want to have a five minutes laugh) and making up for the delays here or there…
We wait until Mark has finished preparing his « Muleman Special » shrimp (registered trademark!) for the road, then board for a good five hours and a succession of beautiful highways most certainly as we only see in the United States. I have driven in many places, but I have never felt such a sense of freedom as here. And then, admit that stopping for a pee at a rest area (of impeccable cleanliness as everywhere) named Loretta Lynn & Hank Williams is still a little more classy than closing your nose in a French Vinci urinal by praying I don’t know what divinity that the olfactory torture doesn’t last too long (while chasing away the compulsory flies of circumstance with a third imaginary hand ). 

When we arrive in Tennessee, then pass south of Nashville and finally go straight south to Manchester, the differences with Mississippi are obvious ! No more dilapidated wooden houses, everything here is hard built, everything is big, everything is clean, the gardens are perfectly mowed, in short there is money.
This morning, before leaving, by checking the precise address of the concert hall where we should see Cheap Trick + ZZ Top tonight (their 50th birthday tour !), I discovered that in reality it was not a double bill concert, but two concerts among twenty-four, as part of a big festival, Exit 111, with a configuration quite close to the Download in France (5 scenes, etc.). As a result, I purring the engine more than reason, in order to arrive earlier and enjoy Blackberry Smoke, impeccable on stage, a bit like the Black Crowes of the great era, in a more compact sonic formation, which also allowed us to see that our national Gojira are particularly well exported, unfortunately also that Ghost (who played between Cheap Trick and ZZ Top) remains a trick of an abyssal emptiness (well, I never liked Kiss, so I’m not a core target, but still !), and finally to check that against all expectations Def Leppard (which closed this full moon cold night, only 5 degrees) was still worth a look. It’s funny to note that the band, in the end, hasn’t lost any of its bite when I hadn’t seen it on stage for… 35 years!
The same goes for ZZ Top, as far as the exceptional efficiency is concerned, the beast still has some under its feet, believe me !

On the other hand, Cheap Trick, and with all the affection I have for this band that I was already listening to all kitty, it was still a lot harder than the last time I saw the band, in London. Robin Zander has already literally lost his voice after 20 minutes and they had to improvise a little interlude with Tom Petersson covering « I’m waiting for the man » from the Velvet, in a version that seemed rather chaotic and… hey, Tom, we love you, but don’t try to sing anymore, OK ? Rick Nielsen has also gotten a little old, even if his fingers are still as fast as ever (and a second guitarist, or third if you count Robin, is there to round out the angles —and also to help or replace Robin on vocals, sometimes…). 
But if you look at the incredible set list (« Hello There », « How About You », « California Man », « Need Your Love, « Stop This Game », « I’m Waiting for the Man »,  « I Want You To Want Me », « Dream Police », an amazing version of « Ain’t That a Shame », with four guitars, with the arrival of Charlie Starr from Blackberry Smoke, « Surrender », « Auf Wiedersehen » and « Goodnight Now ») and the exceptional longevity of this unique band, all this is still a bit of a joke and we had a great time. 

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Day 14 – Mile 1564
(King Biscuit Blues Festival, Helena-West Helena, Arkansas)

Lorsque nous traversons le pont métallique stylisé au-dessus du Mississippi et que donc nous arrivons dans notre quatrième état (l’Arkansas) depuis le début de notre périple, les anecdotes entendues les deux jours qui ont précédé sur cet endroit, Helena-West Helena, sa haute dangerosité et notamment ses gangs locaux (il y eut l’an dernier par exemple une espèce de panique générale, suite à une fusillade au beau milieu de la rue principale, en plein festival) ne nous préoccupent pas spécialement. En tout cas, je ne suis pas spécialement perturbé et je sors même de ma meilleure nuit depuis notre atterrissage à Fort Worth.
Lorsque nous déambulons sur le site du festival (pas l’enceinte fermée de la « main stage », à l’accès prohibitif, mais cette longue rue bordée de stands de bouffe ou autre —et de quelques musiciens de rue tout de même), nous ne prêtons pas même attention aux mendiants aux yeux parfois hagards, sans doute sous l’effet de je ne sais quelle cochonnerie, ni même aux bandes de types qui vendent des CD-R avec, selon leurs propres dires, le dernier album blues encore fumant de leur groupe (déjà si ces mecs sont musiciens, moi je suis le Pape, et vous connaissez ma détestation multi-récidiviste pour tout ce qui touche aux bondieuseries —bon, je l’écris tout de même du bout du clavier, n’oublions pas que nous sommes au chœur de la bible belt, ces états du sud-est des États-Unis où fleurissent à chaque coin de rue des églises baptistes, méthodistes, épiscopaliennes, luthériennes, presbytériennes, pentecôtistes et j’en passe)…

Non, par contre, instantanément, je n’ai pas aimé le King Biscuit Blues Festival, et son ambiance que je qualifierais de délétère. Peut-être étonnamment compte tenu de l’aura dont bénéficie cet événement (d’ailleurs pas si ancien que ça pour un des plus vieux festivals blues en activité sur le sol américain, puisque datant de 1986) ou peut-être que j’en attendais trop, mais en tout cas il s’agit simplement d’une foire merdique à l’américaine de plus. Un truc pour badauds (si possible les poches pleines) ou poseurs qui veulent montrer qu’ils en sont (eux ont vraiment les poches pleines !) qui n’aurait pas l’ombre d’un soupçon de début d’âme si on n’y croisait pas, tout de même, n’abusons pas, quelques vrais fondus des musiques blues du Delta et d’ailleurs.
Cela n’est cela dit pas suffisant pour nous captiver plus de temps qu’il n’en faut pour faire l’aller-retour de cette « main street » et nous décidons de contourner le festival. Sur les hauteurs de la colline parallèle, juste derrière les barrières, nous remarquons aussi que le public dans l’enceinte de la main stage est vraiment ce qu’il y a de plus détestable (des gens pas vraiment là pour la musique —bien sûr, ne généralisons pas— qui boivent des coups et parlent fort, parfois même assis avec la scène derrière eux !). Après quoi nous redescendons par le long parc longeant le Mississippi (quelqu’un nous propose de profiter de l’arrière de son pick-up —c’est assez loin— par contre aucun bon samaritain au retour, que nous ferons sous un soleil de plomb) où nous faisons une halte à l’ombre, bercés par la bataille sonique entre les grillons, venus en force, et les volutes bleutées du festival, derrière nous.

Enfin, terminons par une note positive, pour signaler que le line-up du festival, quoiqu’assez inégal, propose tout de même quelques pointures (en arrivant nous avons profité de la dernière demi-heure de l’ami Cedric Burnside, rencontré en mai dernier au Blues Rules Festival, comme toujours un délice pour nos cages à miel —quel présence, quel charisme, quel jeu !), dont notamment cette année Delbert McClinton, Kenny Wayne Sheperd ou encore Larry McCray… Mais ce qui ne sera pas suffisant pour nous faire braver la pluie le lendemain (et une chute de la température de 20 degrés puisqu’il fera… 4 samedi matin !!)…

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When we cross the stylized metal bridge over the Mississippi and so when we arrive in our fourth state (Arkansas) since the beginning of our journey, the anecdotes heard the two days before about this place, Helena-West Helena, its high dangerousness and especially its local gangs (there was a kind of general panic last year, for example, following a shooting in the middle of the main street, during the festival) do not worry us specifically. In any case, I’m not particularly disturbed and I’m even coming out of my best night since we landed in Fort Worth. 
When we walk around the festival site (not the closed main stage compound, with its prohibitive access, but this long street lined with food or else stands —and a few street musicians but not much), we do not pay attention, the same way, to the beggars with sometimes haggard eyes, probably under the effect of some junk, or even to the bunch of guys who sell CD-Rs with, according to their own words, the last still smoking  blues album of their band (first of all, if these guys are musicians, I’m the Pope, and you know my multi-recidivist detestation for everything related to godandthosekindofstuff –well, I write it anyway from the end of the keyboard, let’s not forget that we are in the chorus of the Bible belt, those states in the southeastern United States where Baptist, Methodist, Episcopal, Lutheran, Presbyterian, Pentecostal and many more churches flourish on every street corner)…

No, however, I instantly didn’t like the King Biscuit Blues Festival, and its atmosphere, which I would call deleterious. Perhaps surprisingly considering the aura of this event (not so ancient for one of the oldest blues festivals operating on American soil, since it dates back to 1986 only) or maybe I was expecting too much, but in any case it’s just another shitty fair the American way. Something for onlookers (if possible with full pockets) or posers who want to show that they are in (they really have full pockets!) which would not have the shadow of a hint of the beginning of a soul if we didn’t meet, all the same, let’s not abuse, some real Delta blues music fans.
That said, it’s not enough to captivate us more time than it takes to get to and from this « main street » and we decide to go around the festival. On the heights of the parallel hill, just behind the fences, we also notice that the audience in the main stage is really the most detestable thing (people not really there for the music —of course, let’s not generalize— who have drinks and talk loudly, sometimes even sitting with the stage behind them!). After that we go down through the long park along the Mississippi (someone suggests we enjoy the back of his truck —it’s quite far away— but no good Samaritan on the way back, which we’ll do under a blazing sun) where we stop in the shade, rocked by the sonic battle between the crickets, who came in force, and the blue volutes from the festival, behind us.

Finally, let’s end with a positive note, to point out that the festival line-up, although rather uneven, still offers some great names (when we arrived we took advantage of the last half hour of our friend Cedric Burnside, met last May at the Blues Rules Festival, as always a delight for our ears —what presence, what charisma, what incredible sound !), including this year Delbert McClinton, Kenny Wayne Shepherd or Larry McCray… But what will not be enough to make us brave the rain the next day (and a 20 Celsius degrees drop in temperature since it will be… 4 Saturday morning!!!).

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Day 13 – Mile 1453
(Shack Up Inn, Clarksdale, Mississippi)

Excités l’un comme l’autre à l’idée (l’autre étant Kevin Brown… que je ne vous perde pas dès la première phrase !) de faire un petit film ensemble, pour son morceau « Clarksdale » donc, tel que nous l’avions évoqué deux jours plus tôt, nous décidons de retourner à Clarksdale, tourner sur place étant l’évidence même, même si nous utiliserons sans doute les images vintage qu’il m’a fait parvenir la nuit précédente et qu’il compte acheter.
Nous accompagnons Kevin jusqu’à sa location dans le légendaire Shack Up Inn (qui en plus d’être un incroyable fatras de trucs et de bidules plus ou moins vintage, plutôt plus que moins, laisse ses clients emprunter les plus incroyables guitares vintage que nous ayons vues depuis notre arrivée sur le sol américain) et qui est un endroit encore « dans son jus » comme vous pouvez le voir sur les quelques photos postées ici, puis nous filmons le long de la route longeant sur plusieurs miles la voix ferrée, depuis donc le Shack Up Inn, et jusqu’à la ville, route empruntée avant nous par tous les grands bluesmen du delta ayant trainé par ici, qui travaillaient et dormaient de ce côté-là de la ville, pour aller jouer et/ou s’encanailler dans les différents juke joints locaux. Sans même parler des nombreux musiciens à être de la région ou à y avoir passé une bonne partie de leur existence : Sam Carr, Earl Hooker, Charlie Musselwhite, Pinetop Perkins, Sonny Boy Williamson II, Robert « Bilbo » Walker, Robert Nighthawk, Watermelon Slim, WC Handy, et de nombreux autres, auxquels on peut ajouter l’acteur Morgan Freeman, co-propriétaire de Ground Zero, le plus imposant des clubs de blues de la ville (mais qui n’est pas un juke joint et, contrairement à son aspect d’usure prononcée, n’a ouvert qu’en mai 2001) et qui a beaucoup fait pour cette ville… 

Les juke joints étaient (j’emploie l’imparfait car ils sont nés des heureusement révolues lois de Jim Crow, mais il en existe toujours à Clarksdale et ailleurs) des établissements très majoritairement afro-américains, ouverts dans les états du sud des États-Unis, pour que les travailleurs des plantations (de coton, essentiellement) et les métayers noirs, interdits d’accès aux établissements « blancs » puissent se détendre, boire un coup (enfin, un coup, vous me comprenez) et en tout cas se détendre après une longue semaine de dur labeur.
Tous les matins, Kevin emprunte ce même chemin, guitare sur l’épaule, et sa chanson est née ainsi, d’une expérience similaire, au même endroit, l’année passée.

Arrivés en ville, nous continuons de coller au mieux au contenu de sa chanson et passons en revue toutes les personnes qu’il considère comme les « rocks » de Clarksdale, et chez qui nous tournons quelques images, les uns à la suite des autres. Il y a bien sûr le magasin CatHead Delta Blues & Folk Art de Roger Stolle, qui est pour beaucoup dans la renaissance du quartier historique de Clarksdale, mais aussi le magasin d’harmonicas de Deak Harp, une autre figure locale incontournable, le Bluestown Music de Ronnie Drew sur Delta Avenue et ses incroyables guitares, etc.
En fin d’après-midi, la caméra refuse de se rallumer et nous remontons à plus tard (nous repassons pas loin début de semaine prochaine) nos derniers plans de coupe… Et, comme me le dira mon pote Jicé de Lausanne, que nous croiserons à CatHead, « Clarksdale ne paye pas de mine, la première fois qu’on y met les pieds, ça peut même être un peu décevant, mais on revient toujours, et on y revient même encore et toujours »… Et c’est ce que nous ferons dans quelques jours…

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Excited both of us at the idea (the other being Kevin Brown… this being said not to lose you from the first sentence!) to make a little movie clip together, for his song « Clarksdale » so, as we had mentioned two days earlier, we decide to go back to Clarksdale, shooting on the spot being the obvious thing, even if we will probably use the vintage images he sent me the night before and that he plans to buy.
We accompany Kevin until his rental in the legendary Shack Up Inn (which in addition to being an incredible mess of more or less vintage stuff and things, rather than less, lets his customers borrow the most incredible vintage guitars we’ve seen since our arrival on American soil) and which is a place still « in its juice » as you can see on the few photos posted here, then we film along the road along the railroad track for several miles, from the Shack Up Inn, and up to the city, a road used before us by all the great bluesmen of the delta who had been hanging around here, who worked and slept on that side of the city, to play and/or shuffle in the various local juke joints. Not to mention the many musicians who are from the region or who have spent a good part of their lives there: Sam Carr, Earl Hooker, Charlie Musselwhite, Pinetop Perkins, Sonny Boy Williamson II, Robert « Bilbo » Walker, Robert Nighthawk, Watermelon Slim, WC Handy, and many others, to which we can add the actor Morgan Freeman, co-owner of Ground Zero, the city’s largest blues club (but not a juke joint and, contrary to its pronounced wear and tear aspect, only opened in May 2001) and has done a lot for this city… 

The juke joints were (I use the past because they were born from Jim Crow’s laws, but there are still some in Clarksdale and elsewhere) mostly African-American settlements, open in the southern states of the United States, so that plantation workers (mainly cotton) and black sharecroppers, banned from accessing « white » settlements can relax, have a drink (well, by « a drink », you understand me) and in any case relax after a long week’s hard work. 
Every morning, Kevin takes the same path, guitar on his shoulder, and his song was born from a similar experience, in the same place, last year.

Once in town, we continue to stick as closely as possible to the content of his song and review all the people he considers to be Clarksdale’s « rocks », and with whom we shoot a few images, one after the other. There is of course the CatHead Delta Blues & Folk Art store by Roger Stolle, which is responsible of a major part of the rebirth of the historic Clarksdale district, but also the harmonica store by Deak Harp, another local icon, Ronnie Drew’s Bluestown Music on Delta Avenue and its incredible guitars, etc.
At the end of the afternoon, the camera refuses to turn on again and we push back to later (we’ll be around again next week) our last cutting shots… And, as my friend JC from Lausanne will tell me, when we’ll meet incidentally in CatHead, « Clarksdale doesn’t look like much, the first time one sets foot there, it can even be a little disappointing, but one always comes back, and one even comes back again and again »…. And that’s what we will do in a few days…


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Day 12 – Mile 1392
(Senatobia, Mississippi)

Nous sommes arrivés à Senatobia hier soir, Mark « Muleman » Massey nous héberge pour quelques jours et l’endroit sera donc notre pied-à-terre pendant le King Biscuit Blues Festival, qui a lieu à West-Helena, Arkansas, de demain à samedi inclus (mais samedi, nous serons dans le Tennessee pour une belle double affiche : Cheap Trick + ZZ Top !). Mark (et d’ailleurs toute sa famille, ne parlons pas de la cohorte de chiens, des poules, ni des mules bien sûr !) est non seulement le plus adorable des hôtes (et un super cuisinier, au moment où je publie ces lignes il est en train d’expliquer à Dimitri sa recette pour les crevettes), mais en plus est-il incontestablement le plus loquace, impossible de l’arrêter lorsqu’il commence à raconter des histoires, encore plus difficile lorsqu’il s’agit de sa propre histoire. Une histoire un peu compliquée (de la prison notamment), mais avec un beau happy ending puisque l’ensemble des épreuves que Mark a traversées fait désormais couler le plus pur des blues dans ses veines.
En début d’après-midi, nous profitons d’une belle lumière et de la présence non loin de là d’une vieille Dodge rouillée, pour le filmer en train de nous jouer deux titres de son prochain album à paraitre bientôt (et qui contient 14 titres dont 9 originaux, car le bonhomme a aussi beaucoup de choses à dire dans ses chansons —tant mieux, d’ailleurs !). Même que vous pouvez profiter de ces enregistrements pas plus loin qu’ici même (bon, la vieille Gibson de 1943 a eu un peu de mal à rester accordée en plein soleil, mais ça sonne quand même du feu des enfers, enjoy !)…

 

We arrived in Senatobia last night, Mark « Muleman » Massey is hosting us for a few days and the place will be our base during the King Biscuit Blues Festival, which takes place in West-Helena, Arkansas, from tomorrow to Saturday included (but Saturday, we will be in Tennessee for a great double bill : Cheap Trick + ZZ Top !) Mark (and besides his whole family, let’s not talk about the cohort of dogs, chickens, or mules of course !) is not only the most adorable of hosts (and a great cook, at the time I am publishing these lines he is explaining to Dimitri his recipe for shrimps), but is also undoubtedly the most talkative. Impossible to stop him when he starts telling stories, even more difficult when it comes to his own story. A rather complicated one (about prison in particular), but with a beautiful happy ending since all the trials that Mark has gone through have now brought the purest of blues into his veins. 
In the early afternoon, we take advantage of a beautiful light and the nearby presence of a rusty old Dodge, to film him playing two tracks from his upcoming album (which contains 14 tracks, 9 of which are original, because the guy also has a lot to say in his songs —and for the better, by the way !) Even though you can enjoy these recordings no further than up here (well, the old Gibson of 1943 had a little trouble staying tuned in full sun, but it still sounds like hellfire, enjoy!)…

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Day 11 – Mile 1331
(Clarksdale, Mississippi)

Nous avons perdu 20 degrés en deux jours et lorsque nous arrivons à Clarksdale, au crossroads originel, celui de Robert Johnson et de la légende faustienne qui va avec, le temps est si exécrable que je ne me rends même pas compte que je traverse ledit carrefour (par où nous repasserons en repartant, histoire de mettre en boîte la photo de circonstance) et nous nous retrouvons 500 mètres plus loin, à ne pas comprendre ce qu’il vient de nous arriver. Surtout que la ville, malgré notamment les différents marqueurs du Mississippi Blues Trail se montre sous un jour particulièrement tristounet avec ce mauvais temps (« un vent à décorner les bœufs », comme dirait Cédric Janet) et le fait que la période la plus touristique vient de se terminer.
Bien sûr, les juke joints sont bien là, même si l’on se demande parfois vu leur apparent état de délabrement comment ils tiennent encore debout, mais ce qui frappe surtout c’est le nombre absolument hallucinant d’endroits fermés ou à vendre, mais aussi la recrudescence de maisons éventrées, partiellement en ruines ou ayant brûlées tout ou partie…
Clairement, la population locale ne roule pas sur l’or et il est assez étrange de constater le décalage entre la volonté d’une minorité à garder ce lieu vivant et vibrant, ce jour-là pour seulement le plaisir d’une demi-douzaine de touristes seulement croisés en quasiment autant d’heures (!!), et le décalage évident avec les goûts de la majorité des locaux (hip hop à fond les ballons depuis leur gros pick-up trucks, etc.)…

Notre balade sera sauvée par un joli son de guitare en provenance du trottoir devant le mythique Cat Head Delta Blues & Folk Art, et nous y retrouvons Kevin Brown, un bluesman anglais que nous avions défendu (car bien sûr il mérite bien !) dans Crossroads magazine, notamment avec son album « Mojave Dust », à l’époque paru en France chez Dixiefrog.
Nous parlons bien sûr musique, puis la conversation se déplace vers des considérations beaucoup plus écologiques, tout en restant forgées dans le plus irréprochable des positivismes et Kevin nous décrit sa vision des années à venir et de la « génération solaire », comme il l’appelle, le tout en s’adressant bien sûr majoritairement à Dimi, car cette génération sera la sienne.
Nous décidons de le filmer et de l’enregistrer et faisons un bref aller-retour à la voiture pour récupérer notre matériel. Il nous joue un morceau de son nouvel album (que vous pouvez découvrir sous sa photo ci-après), à paraitre mi-novembre, sur son propre label désormais, et nous en offre un exemplaire (l’album s’intitule « Six strings and a dream », tout est dit !), car il recherche des collaborateurs intéressés par la mise en images à la fois de sa musique et de sa vision. Je remarque le dernier titre de l’album, « Clarksdale » et lui dis sans même donc avoir entendu ce morceau ni les autres, que je veux bien lui faire ce clip-là. Parce que nous retrouver lui et moi, à cet endroit précis, alors qu’en temps normal seulement quelques centaines de kilomètres nous séparent, est le plus limpide des signes…

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We lost 20 degrees in two days and when we get to Clarksdale, the original crossroads, the one of Robert Johnson and the Faustian legend that goes with it, the weather is so bad that I don’t even realize I’m crossing that crossroad (where we’ll go again when we leave, just to take the picture) and we find ourselves 500 meters further on, not understanding what happened to us. Especially since the city, despite the various markers of the Mississippi Blues Trail in particular, is showing itself in a particularly sad light with this bad weather (a wind of madness !) and the fact that the tourist period has just ended. 
Of course, the juke joints are there, even if one sometimes wonders how they still stand, but what strikes one most is the absolutely incredible number of closed places or places for sale, but also the recrudescence of gutted houses, partially in ruins or having burned all or part of them… 
Clearly, the local population is not livin’ high on the hog and it is rather strange to note the gap between the willingness of a minority to keep this place alive and vibrant, on that day for the pleasure of only half a dozen tourists crossed in almost as many hours (!!!), and the obvious gap with the tastes of the majority of locals (loud hip hop coming out of their big pickup trucks, etc…).

Our walk will be saved by a nice guitar sound coming from the sidewalk in front of the mythical Cat Head Delta Blues & Folk Art, where we find Kevin Brown, an English bluesman that we had defended (because of course he deserves well!) in Crossroads magazine, especially with his album « Mojave Dust », at the time released in France by Dixiefrog. 
We talk about music, of course, then the conversation moves towards much more ecological considerations, while remaining forged in the most irreproachable positivism and Kevin describes his vision of the coming years and the « solar generation », as he calls it, while of course addressing Dimi for the most part, because this will be his generation, not ours. 
We decide to film and record him and make a brief return walk to the car to pick up our equipment. He plays us a track from his new album (which you can discover under his picture a little higher), to be released in mid-November, on his own label from now on, and offers us a copy (the album is called « Six strings and a dream », everything is said!), because he is looking for collaborators interested in putting his music and his vision into images. I noticed the last track of the album, « Clarksdale » and told him without even having heard this track or the others, that I would like to make him this clip. Because finding each other, in this particular place, when normally only a few hundred kilometers separate us, is the clearest sign…


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Day 10 – Mile 1262
(Grenada Lake, Mississippi)

Parfois, il est indispensable de se ressourcer et rien de tel qu’une balade hors de tout et de tous (et même du temps). En apprenant que ce serait notre dernier jour de grand beau temps (et de chaleur, en tout cas, avant… Death Valley), nous avons décidé de ne pas assister à la seconde journée du Mississippi John Hurt Homecoming Festival, celle consacrée au gospel (qui, je l’avoue, n’est pas spécialement un genre que j’affectionne) et à la place de nous fondre dans le décor, et ce décor ça allait être celui du lac Grenada tout proche (nous dormons à Grenada, deux nuits de suite).
Le lac n’est qu’à une poignée de miles de la ville et, alors donc que nous vivons sans doute le dernier dimanche ensoleillé et chaud de la saison (effectivement un gros orage allait s’abattre dans la nuit, faisant chuter les températures de 10 degrés celsius !), pas une voiture sur le grand parking, rien, personne ! Un panneau indiquant que la route menant au débarcadère est fermée n’a même pas été enlevé (depuis sans doute les inondations de fin septembre) et plus loin une route est encore fermée sans raison apparente !… Pour le reste, je vous laisse vous immerger dans cette seule photo, pour comprendre à quel point l’après-midi fut régénérante. 

Sometimes, it is essential to recharge your batteries and there is nothing like a walk out of everything and everyone (and even time) for that. When we learned that this would be our last day of great sunshine (and heat too, before… Death Valley), we decided not to attend the second day of the Mississippi John Hurt Homecoming Festival, dedicated to gospel (which, I admit, is not especially a genre I like) and instead to blend into the scenery, and this scenery would be the one of nearby Lake Grenada (we sleep in Grenada, two nights in a row). 
The lake is only a few miles from the city and, so while we are probably living the last sunny and hot Sunday of the season (indeed a big rainstorm was going to fall in the night, causing temperatures to drop by 10 degrees Celsius!), not a car in the big parking lot, nothing, nobody! A sign indicating that the road leading to the landing is closed has not even been removed (probably since the floods at the end of September) and further on another road is still closed for no apparent reason!… For the rest, I let you immerse yourself in this one picture, to understand how regenerating the afternoon was. 


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Day 9 – Mile 1231
(Carrollton, Mississippi, John Mississippi Hurt Homecoming Festival)

Nous devions partir tôt de Natchez et avions réglé le réveil sur 7h. Tant et si bien qu’à 8h30 pétantes, nous sommes déjà en route. Nous repartons de Natchez en poursuivant plus au nord par la Highway 61, toujours aussi agréable à emprunter, mais poursuivons ensuite avec une succession de routes de plus en plus petites, dont bon nombre sont bordées d’immenses champs de coton, pour terminer notre course par 4 ou 5 kilomètres de chemin accidenté et serpentant, de terre rougeâtre, au milieu d’une forêt dense, mais pas totalement inhabitée, sans l’aide de notre GPS (plus de réseau du tout !), avec simplement après un bon tiers de chemin parcouru environ une minuscule pancarte (format A4) plantée là pour rassurer ceux qui, comme nous, ne sont plus trop certains d’être sur le bon chemin. 

Plus loin, délivrance, l’horizon se dégage côté gauche de la « route » et nous arrivons enfin sur l’ancienne « propriété » (propriété est un bien grand mot si l’on se réfère à l’habitation, même reconstruite au mieux de l’identique par la Mississippi John Hurt Foundation. L’organisation du festival qui se tient ici ce week-end en hommage à Mississippi John Hurt et sous le haut patronage de Taj Mahal est parmi les plus relax que j’ai rencontrées dans ma vie ! On me demande si nous avons acheté ou réservé des tickets, je réponds qu’on nous a attribué deux passes médias et, sans même que je décline mon identité, on me donne les deux bracelets correspondants, et avec le sourire en plus !
Nous nous garons, il y a déjà beaucoup de monde (pour un tel endroit, mais j’apprendrai plus tard que l’an dernier une centaine de personnes avaient le déplacement, aujourd’hui j’en ai compté facilement deux fois plus !) et nous sommes comme aspirés par l’ancienne baraque du guitariste au chapeau et à l’immuable sourire. Nous entrons, contemplons tout ce que les deux premières pièces comportent de souvenirs, photos, guitares, meubles, disques, etc., puis entendons Mary Frances Hurt, sa petite fille, depuis la troisième et dernière pièce au fond de la maison. Nous y entrons et l’écoutons pendant une bonne demi-heure nous parler, souvent la larme à l’œil, de son grand-père et de la bénédiction de voir des gens du monde entier converger ici pour lui rendre hommage. Conversation bien sûr enregistrée pour plus tard…

Nous ressortons car je reconnais le style (et l’humour) caractéristique(s) de Dom Flemons, un multi-instrumentiste à la fois porté sur le Piedmont Blues, l’american ol’ time music et tout ce que le country blues de néo-traditionnaliste a pu charrier de bonne musique ces deux dernières décennies, un Grammy et de nombreux autres prix à la clef, que nous avions défendu à de nombreuses reprises dans Crossroads. Son dernier album est paru sur Smithsonian Folkways, le label de la prestigieuse Smithsonian Institution dans le cadre de son tout aussi prestigieux « Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage », ce qui en dit long sur le sérieux de la chose !…
Lui succéderont Piedmont Blūz en version duo acoustique, Jim Kweskin (que nous entendrons de loin, car nous sommes un peu plus loin, à l’abri des grands arbres, en train de goûter le BBQ confectionné par Mary Frances elle-même —et d’autres membres de la famille Hurt et d’amies), puis les deux gros morceaux : un Guy Davis particulièrement en forme et un Taj Mahal particulièrement en voix ! Sous les quelques photos du concert quelques extraits audio enregistrés par nos soins (sans Kweskin donc). À noter également des conversations animées et passionnantes avec Dom Flemons puis Guy Davis, que je ressortirai de mon chapeau (acheté à New Orleans) le moment venu !…

We had to leave Natchez early and set the alarm clock for 7am, so that at 8:30 sharp, we are already on our way. We leave Natchez by continuing further north on Highway 61, still as pleasant to drive, but then we continue with a succession of smaller and smaller roads, many of which are bordered by huge cotton fields, to finish our race by 2 or 3 miles of rough and winding path, reddish earth, in the middle of a dense, but not totally uninhabited forest, without the help of our GPS (no network at all!), with just around a third of the way down the road, a tiny sign (A4 format) standing there to reassure those who, like us, are no longer so sure that they are on the right track.

Further on, kind of a deliverance, the horizon emerges on the left side of the « road » and we finally arrive on the old « property » (property is a very big word if we refer to housing, even if it is rebuilt in the best of the identical by the Mississippi John Hurt Foundation. The organization of the festival here this weekend in honour of Mississippi John Hurt and under the high patronage of Taj Mahal is among the most relaxed I have ever met in my life! I am asked if we have bought or booked tickets, I answer that we have been given two media passes and, without even stating my identity, I am given the two corresponding bracelets, and with a bonus smile !
We park, there are already a lot of people (for such a place, but I will learn later that last year about a hundred people made it, today I easily counted twice as many!) and we are like sucked into the old guitarist with a hat and an immutable smile)’s house. We enter, contemplate everything that the first two rooms contain : memories, photos, guitars, furniture, records, etc., then we hear Mary Frances Hurt, her granddaughter, from the third and last room at the back of the house. We go in and listen to her for a good 30 minutes, often with tears in her eyes, talk about her grandfather and the blessing of seeing people from all over the world converge here to pay tribute. Conversation of course recorded for later….

We stand out because I recognize the characteristic style (and humour) of Dom Flemons, a multi-instrumentalist who plays Piedmont Blues, American ol’ time music and everything good music that neo-traditionalist country blues has been able to bring over the past two decades, a Grammy and many other awards in pocket, and whom we had defended on many occasions with Crossroads magazine. His latest album was released on Smithsonian Folkways, non profit record company of the prestigious Smithsonian Institution as part of its equally prestigious « Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage », which says a lot about the seriousness of the matter!
He will be followed onstage by Piedmont Blūz in an acoustic duo version, Jim Kweskin (whom we will hear from afar, because we are a little further away, sheltered from the tall trees, tasting the BBQ made by Mary Frances herself —and other members of the Hurt family and friends), then the two big pieces: a Guy Davis particularly in shape and a Taj Mahal particularly in voice ! Below the few photos from the concert some audio excerpts recorded by us (without Kweskin therefore). Also noteworthy are lively and exciting conversations with Dom Flemons and then Guy Davis, which I will take out of my hat (bought in New Orleans) when the time comes!…


Day 8 – Mile 1012
(Natchez, on the banks of the Mississippi River)

Nous quittons un peu à contrecœur NOLA, mais avec l’impression que nous allons y repasser avant la fin de notre périple, puisque celui-ci, encore en légère mutation, va finalement former une espèce de boucle, à peu à la manière de nous autres êtres soit-disant humains qui reprenons une position foetale en fin de vie. En tout cas, une chose est certaine, nous redécollerons de là où nous sommes arrivés (Dallas Fort Worth) et il est fort à parier que nos deux premières étapes importantes (Austin et New Orleans) seront également les deux dernières sur le chemin du retour, même si originellement ça n’était pas spécialement prévu.
Bref, direction Natchez, via tout d’abord Baton Rouge et l’Interstate 10 West, toujours bien rectiligne au beau milieu d’un enchevêtrement d’autoroutes qui filerait presque le tournis, dont une petite portion surélevée au-dessus de la partie la plus au nord du marais Atchafalaya, ce qui nous permet de dire un au revoir sans doute aussi provisoire à cet endroit tant magique que magnétique qu’est le bayou profond louisianais.

C’est à Baton Rouge que démarre la fameuse Highway 61, fièrement indiquée comme « The Blues Highway ». Ça n’est pas en France que nous verrions ça, ou alors peut-être « la route des bals musette » sponsorisée par Pastis 51 ou « aux origines de l’accordéon », un périple à faire en déambulateur dans un grand couloir bleu ciel peuplé de blouses blanches ?… Peu avant ce panneau d’entrée sur la 61 s’en trouve un autre, au moment où nous basculons dans notre troisième état, tout aussi bon éclaireur des prochaines journées, avec un joli et très parlant « Welcome to Mississippi, birthplace of America’s music » écrit dessus…
Je ne sais pas si c’est de prendre la 61 qui procure cet effet, mais dès l’embranchement de cette belle route (un peu vallonnée, à dominante verte, souvent bordée d’arbres —la superbe forêt Homochitto n’est pas loin—, large et lumineuse) l’on ressent comme une sensation assez inexplicable de liberté, sans doute surmultipliée par le fait que la plupart des véhicules ont subitement disparu de nos lignes radar au nord de Baton Rouge, au moment des dernières bifurcations aussi bien côté ouest que côté est. Pour nous, ce sera plein nord, mais avec toujours ce soleil implacable (37 degrés au compteur de la voiture !)…

Nous arrivons à Natchez en début d’après-midi et le ton est donné par un panneau en entrée de ville qui annonce que le coin est idéal pour… y passer sa retraite !… Bon, au-delà des maisons de retraite, que nous n’avons ni cherché à voir ni donc vues, la particularité architecturale de Natchez est qu’on y trouve un grand nombre de bâtisses dites du style Antebellum (comprendre avant-guerre, la guerre en question étant la guerre de sécession), bref de superbes baraques dont les propriétaires étaient des gens ayant gentiment profité de l’esclavage, et qu’on peut visiter pour la bagatelle de 20 dollars par personne (!!), avec à chaque fois un parking relativement grand attenant et même la petite boutique de souvenirs qui va bien avec.
Bon, vous vous doutez bien qu’on ne mange pas de ce pain-là, même dans cet état où l’on trouve des églises à chaque coin de rue ou presque (rapport à la multiplication des pains, vous voyez ? Oui, bon, on a tous droit à nos moments de fatigue, disons que cette mauvaise blague servira à fêter notre premier millier de miles parcouru !) et que notre petit tour des jolies maisons blanches de cette ancienne colonie française, la plus ancienne sur les rives du Mississippi, nous l’avons fait essentiellement en voiture, les distances entre chaque propriété étant tout de même assez conséquentes.

Par contre, les bords du Mississippi, nous avons tenu à les faire à pied, même sans l’ombre d’une ombre et avec un soleil qui cognait vraiment super fort, à vous faire suer Goof et mini-Goof de concert. Pour me récompenser, tadam, au bout de peut-être deux kilomètres de balade, bien posé proprement sur une barrière au milieu de nulle part… un jean’s Levi’s 501 pile à ma taille ! Moi, qui avait décidé de n’en prendre qu’un (déjà que nos valises frôlaient la limite autorisée, mais surtout ne pouvait plus accueillir la moindre chaussette) pour justement profiter de la recrudescence des magasins de la marque ici pour m’en acheter un second. Franchement, les probabilités que je « trouve » un jean’s pile à ma taille à très précisément 7652 kilomètres de chez moi doivent avoisiner le zéro pointé. J’y ai donc vu un signe, reste à savoir lequel. En attendant, le jean’s est dans la voiture, il attend patiemment que nous reprenions la route demain, direction Carrollton, pour le Mississippi John Hurt homecoming…

 

We leave NOLA a little reluctantly, but with the impression that we will come here again before the end of our journey, since it will finally form a kind of loop, little by little in the same way as we so-called human beings who return to a foetal position at the end of our lives. In any case, one thing is certain, we will take off again from where we arrived (Dallas Fort Worth) and it is likely that our first two important legs (Austin and New Orleans) will also be the last two on the way back, even if it wasn’t originally planned. 
In short, direction Baton Rouge, via Interstate 10 West, always straight in the middle of a tangle of highways that would almost spin, including a small elevated portion above the northernmost part of the Atchafalaya swamp, which allows us to say a temporary goodbye to this magical and magnetic place that is the deep Louisiana bayou. 

Baton Rouge is the starting point for the famous Highway 61, proudly known as « The Blues Highway ». We wouldn’t see this in France, or perhaps « the route of the musette balls » sponsored by Pastis 51 or « the origins of the accordion », a journey to be made on a walker in a large sky blue corridor populated by white coats?… Shortly before this entrance panel on the 61 is another one, just as we switch to our third state, just as good a scout for the coming days, with a pretty and very telling « Welcome to Mississippi, birthplace of America’s music » written on it…
I don’t know if it’s to take the 61 that gives this effect, but as soon as you get off this beautiful road (a little hilly, predominantly green, often lined with trees —the superb Homochitto national forest is not far away—, wide and bright) you feel like you have a pretty unexplainable feeling of freedom, probably overdone by the fact that most of the vehicles have suddenly disappeared from our radar lines north of Baton Rouge, at the moment of the last forkings on both west and east sides. For us, it will be due north, but with always this implacable sun (98 degrees on the car’s counter !)….

We arrive in Natchez in the early afternoon and the tone is set by the entrance city sign announcing that the area is ideal for… spending one’s retirement there !… Well, beyond the retirement homes, which we have neither sought nor seen, the architectural particularity of Natchez is that there are a large number of so-called Antebellum style buildings (to understand before the war, the war in question being the war of secession), in short superb manors (or sort of) whose owners were people who kindly took advantage of slavery, and which can be visited for the 20 dollars per person (!), with each time a relatively large parking lot attached and even the small souvenir shop that goes well with it. 
Well, you can imagine that we don’t eat that bread (sorry Engliss-spoken readers, this one wasn’t for you ! and a kinda correct translation would be « we want no part of it »), even in this state where there are churches on almost every street corner (compared to the multiplication of breads, you see? Yes, well, we all have our moments of fatigue, let’s say that this bad joke will be used to celebrate our first thousand miles covered!) and that our little tour of the pretty white houses of this former French colony, the oldest on the banks of the Mississippi, we did it essentially by car, the distances between each property being quite substantial.

On the other hand, we wanted to walk along the banks of the Mississippi, even without the shade of a shadow and with a sun that was really hitting really hard, to make you sweat Goof and mini-Goof together. To reward me, tadam, after maybe two kilometers of stroll, well placed on a fence in the middle of nowhere… a pair of Levi’s 501 jeans right up to my waist! I, who had decided to take only one (already that our suitcases were close to the authorized limit, but above all could no longer accommodate the slightest sock) to take advantage of the incredible number of the brand’s stores here to buy a second one. Frankly, the odds of me « finding » a pair of jeans right at my waist exactly 7652 kilometres from home must be close to none. So I saw a sign, but the question is which one. In the meantime, the jeans are in the car, patiently waiting for us to hit the road tomorrow, towards Carrollton, for the Mississippi John Hurt homecoming…

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Day 5-6-7 – Mile 811
(New Orleans, Louisiana)

Je n’ai pas donné de nouvelles depuis trois jours, mais nous sommes arrivés comme prévu à New Orleans, NOLA pour les intimes, ou encore « Big Easy » pour ceux habitués à sa vie nocturne bouillonnante forcément à haute teneur et saveur musicales, avant-hier soir, et depuis nous n’avons eu de cesse d’en prendre plein les yeux, plein les oreilles… et aussi plein l’estomac, avec dès le premier soir, un tour d’horizon assez complet de toutes les spécialités culinaires locales, dont je ne vais citer que les principaux noms, qui se suffisent à eux-mêmes : Jambalaya, Gombo, Riz aux haricots rouges (ou l’inverse, je ne sais plus), crevettes à la créole, etc., etc., le tout non loin du légendaire Café du Monde, ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, depuis… 1862, mais avec un public moins guindé et un bon groupe (quoique fatigué, les mecs jouent des plombes et sont payés au chapeau) de jazz & swing, avec un trompettiste ayant la même voix que Louis Armstrong, la figure locale (il a son parc, son aéroport, son stade et plus encore !), même que sur l’incontournable « What a wonderful world », c’était confondant !…
Non loin de là (nous sommes en plein quartier français), le Mississippi, et ses bateaux à vapeur (enfin, plus ou moins, reste à savoir si c’est plutôt moins que plus ou plutôt plus que moins). Nous sommes donc au sud de la ville, avec le nord qui est enclavé par l’immense lac Pontchartrain. Lac Pontchartrain qui a la particularité d’être traversé dans sa verticalité par un double pont, le plus long des États-Unis, ce qui me renvoie à notre impressionnante arrivée, entre Lafayette et Baton Rouge, par le pont Atchafalaya Basin, quatorzième plus long pont au monde, et troisième plus long aux US (29,3 kilomètres !), soit pendant tout ce temps, juste la route, raide comme un piquet, et tout autour et en-dessous : le bayou ! Vraiment imposant, difficilement imaginable tant qu’on ne l’a pas emprunté, mais aussi particulièrement majestueux. Impossible de s’arrêter, bien sûr, et nous ne pourrons que faire des photos par la fenêtre de la voiture… Cette partie de l’autoroute Interstate 10 était si irréelle et captivante que nous avons ensuite bifurqué plein sud, plus profondément dans le bayou (du moins, c’est ce que nous espérions), mais en réalité rien ne justifiait ce détour de quelques dizaines de miles. On ne peut pas gagner à tous les coups…

Nos quartiers pour ces trois jours sont en plein cœur du quartier ô combien coloré du Faubourg Marigny, on peut d’ailleurs difficilement être plus au cœur puisque notre hôtel est pile rue Marigny ! Et à chaque fois que nous décidons de faire les uns ou deux kilomètres qui nous séparent du Vieux Carré Français, ça ne loupe pas : toutes les deux maisons, nous nous arrêtons pour prendre des photos !
La ville dans son ensemble est fidèle à son image, ou en tout cas à l’image que je m’en faisais (première virée en Louisiane pour ma pomme !), à savoir une double facette : un côté un peu toc attrape-touristes d’une part, mais aussi encore une véritable âme pour qui prend la peine et fait l’effort de chercher les bons endroits aux bons moments. Beaucoup de pauvreté également, mais c’est un autre débat, que nous aurons un autre jour, si vous le voulez bien. Au-delà de ça, la vie quotidienne est un spectacle à elle toute seule et pour des gens comme nous habitués aux tristes mines des Parisiens, engranger autant de sourires et de bons mots, à chaque coin de rue, est une véritable cure de jouvence humaniste…

Aujourd’hui, nous avons moins bougé, car il fallait rattraper un peu le retard accumulé côté boulot, dessiner pour Dimi, tester les micro-cravates pour nos interviews à venir, mais aussi recharger les nombreuses batteries de nos équipements tout en déchargeant a contrario les différentes cartes vidéo, photo et même audio. À ce propos, en décortiquant nos enregistrements faits à Austin, nous avons craqué sur deux morceaux instrumentaux (dont une… nan mais je vous laisse découvrir ça !), que j’ai décidé d’inclure dans ce blog (allez voir plus bas, sous la photo en noir et blanc de Van Wilks et Josh Smith, si ça vous plait, nous réitérerons dès que nous aurons d’autres enregistrements dignes de ce nom en boite)…
Demain matin, nous allons commencer à remonter le Mississippi et avec lui la route du Blues car bien sûr c’est à New Orleans que tout a réellement débuté. Nous devrions être à Baton Rouge pour le déjeuner et à Natchez, notre étape du soir, avant le milieu d’après-midi, mais bon, c’est bien connu, demain est un autre jour !…

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You haven’t heard from us in three days, but we arrived as planned in New Orleans, NOLA for the intimate, or « Big Easy » for those who are used to his lively night life, which inevitably has a high musical content and flavour, the day before yesterday evening, and since then we have never ceased to amaze our eyes, ears… and also our stomachs, with from the first evening, a fairly complete overview of all the local culinary specialities, from which I will only mention the main names, clearly sufficient in themselves: Jambalaya, Gombo, rice with red beans (or the other way around, I don’t know), Creole shrimps, etc., etc., all not far from the legendary Café du Monde, open 24/7 since… 1862, but with a less stuffy audience and a good band (although tired, the guys play hard and for tips) of jazz & swing, with a trumpeter having the same voice as Louis Armstrong, the local figure (he has his park, his airport, his stadium and more!), especially on the inevitable « What a wonderful world », it was amazing!….
Not far from there (we are in the middle of the French Quarter), the Mississippi, and its steamboats (well, more or less, it remains to be seen whether it is less than more or more than less). We are therefore to the south of the city, with the north enclosed by the immense Lake Pontchartrain. Lake Pontchartrain which has the particularity of being crossed in its verticality by a double bridge, the longest in the United States, which reminds me of our impressive arrival, between Lafayette and Baton Rouge, by the Atchafalaya Basin bridge, the fourteenth longest bridge in the world, and the third longest in the United States (18,2 miles!), that is to say during all this time, just the road, stiff as a board, and all around and below: the bayou ! Really imposing, difficult to imagine until you’ve actually goes there, but also particularly majestic. Impossible to stop, of course, and we can only take pictures through the car window… This part of the Interstate 10 highway was so unreal and captivating that we then turned south, deeper into the bayou (at least that’s what we hoped), but in reality there was no justification for this detour of a few dozen miles. You can’t win every time….

Our headquarters for these three days are in the heart of the very colourful district of Faubourg Marigny, it is hard to be more in the heart since our hotel is right on rue Marigny! And every time we decide to drive the one or two kilometres that separate us from the Vieux Carré Français, we can’t help it : every two houses, we stop to take pictures!
The city as a whole is faithful to its image, or at least to the image I was making of it (first trip to Louisiana for me, myself and I !), namely a double facet: a little bit of a tourist catcher on one hand, but also a real soul for whom takes the trouble and makes the effort to look for the right places at the right times. A lot of poverty too, but that is another debate, which we will have another day, if you don’t mind. Beyond that, daily life is a spectacle on its own and for people like us used to the sad faces of Parisians, gathering so many smiles and good words on every corner of the street is a real cure of humanist rejuvenation…

Today, we have less moved, because we had to catch up a little bit on the work side, draw for Dimi, test the micro ties for our future interviews, but also recharge the many batteries of our equipment while unloading a contrario the different video, photo and even audio cards. By the way, by dissecting our recordings made in Austin, we cracked on two instrumental tracks (one of them… no, but I’ll let you discover it!), which I decided to include in this blog (see below, under the black and white photo of Van Wilks and Josh Smith, if you like that we’ll repeat as soon as we have in the box more recordings worthy of the name)…
Tomorrow morning, we’ll start going up the Mississippi and with it the Road of the Blues because of course it was in New Orleans that everything really started. We should be in Baton Rouge for lunch and in Natchez, our evening stopover, before mid-afternoon, but it’s well known that tomorrow is another day!…

 

 


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Day 4 – Mile 314
(The Chicken Ranch ruins, La Grange, Texas, sep 30, 1pm)

Lorsque, quelques jours avant de partir, j’avais regardé un peu plus en détails sur la carte différents itinéraires, j’avais remarqué La Grange pile sur notre route d’Austin jusqu’à Lafayette et, alors même que je savais que la façade du mythique Chicken Ranch, ainsi qu’une bonne partie de son mobilier, avaient été rachetés par deux avocats de Houston  (et alors même que des clients non avertis de la fermeture du lieu par la police, continuaient d’affluer !), qui les avaient déplacés jusqu’à Dallas où ils avaient ouvert un restaurant du même nom, avec même la dernière tenancière en date, Edna Milton, pour accueillir les clients, je m’étais dit que le détour ne nous coûterait que quelques minutes et que le célèbre morceau de ZZ Top inspiré de cet endroit les valait largement.
Bien sûr, nous avons en réalité arpenté la petite route vallonnée dans les deux sens, avant de trouver enfin le lieu, que nous n’avons pas vraiment pu approcher. Bien sûr, en temps normal, je me serais permis de passer la grosse barrière et de faire fi de son énorme cadenas, mais je ne sais pas, quelque chose me disait que dans cette partie du globe où beaucoup ont la gâchette facile, photographier trois bouts de mur brinquebalants d’un peu plus près n’en valait pas la peine.
Le Chicken Ranch était un bordel établi au début du XXème siècle par une certaine miss Jesse Williams et toléré jusqu’en 1973 alors qu’en permanence à l’extrême limite de la frontière des lois en vigueur dans la région, jusqu’à ce qu’une enquête du Texas Department of Public Safety ne découle sur une fermeture provisoire (novembre 1972), bientôt suivie donc d’une fermeture définitive.

Il nous reste plus de 300 miles à avaler jusqu’à Lafayette et nous repartons… C’est notre première traversée d’une frontière d’un état vers un autre et, bien que j’ai déjà beaucoup bourlingué par le passé dans le pays, je n’avais jamais vécu cette transition-là, du Texas à Louisiane… et c’est sans doute la plus cinglante qui soit, les deux états ne partageant finalement que leurs conditions météo (il fait chaud, très, 35-36 degrés, et le climat est particulièrement humide). Pour le reste, et sans vouloir en tartiner davantage avec des clichés, nous basculons d’une Amérique aux dents (et au reste) bien blanches à des contrées pas même encore totalement remises de l’ouragan Katrina, même si New Orleans (où nous serons demain) est encore loin. Les différences d’entretien des infrastructures sautent immédiatement au visage, de l’immaculé au rouillé un peu crade… Moi, ça me va, j’adhère plus que moyennement à la conception de l’immaculé !
Nous prenons nos quartiers d’un soir, une maison typique créole dans un quartier (assez) défavorisé de Lafayette, une ville visiblement écartelée entre sa culture cadienne toujours très prégnante et une modernité certes un peu moins galopante qu’à certains endroits mais dont on sent l’emprise en devenir et fêtons notre arrivée dans l’état gastronomique par excellence, autour de deux douzaines de grosses crevettes pimentées. 

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When, a few days before leaving, I had looked in a little more detail at different routes on the map, I noticed La Grange precisely on our road from Austin to Lafayette and, even though I knew the facade of the mythical Chicken Ranch, as well as much of its furniture, had been bought by two Houston lawyers (and even though clients who were not informed of the closing of the place by the police, were still coming in!), who had moved them to Dallas where they opened a restaurant of the same name, with even the latest manager, Edna Milton, to welcome customers, I thought that the detour would only cost us a few minutes and that the famous ZZ Top song inspired by this place was well worth it.
Of course, we actually walked the small hilly road in both directions, before finally finding the place, which we could not really approach. In normal times, I would have taken the liberty of crossing the big fence and ignoring its huge padlock, but I don’t know, something told me that in that part of the world where many are trigger-happy, photographing three pieces of brinquebalant wall a little closer was not worth it.

The Chicken Ranch was a brothel established at the beginning of the 20th century by a certain Miss Jesse Williams and tolerated until 1973 when it was permanently at the extreme borderline of the laws in force in the region, until an investigation by the Texas Department of Public Safety resulted in a temporary closure (November 1972), soon followed by a permanent closure.

We still have over 300 miles to go to Lafayette and we leave… It’s our first time crossing a border from one state to another and, although I’ve already traveled a lot in the country in the past, I’ve never experienced this transition, from Texas to Louisiana… and it’s probably the most bitter transition ever, the two states finally sharing only their weather conditions (it’s hot, very, 94-96 degrees, and the climate is particularly humid). For the rest, and without wanting to spread it further with clichés, we are shifting from a white-toothed America (and all the rest of it white as well) to countries not even totally overwhelmed by Hurricane Katrina, even if New Orleans (where we will be tomorrow) is still far away. The differences in infrastructure maintenance immediately jump to the face, from the immaculate to the rusty, a little dirty… I am fine with that, on the other hand I adhere more than moderately to the design of the immaculate!
We take our one-night stands, a typical Creole house in a (fairly) disadvantaged district of Lafayette, a city visibly torn between its still very strong Cajun culture and a modernity that is certainly a little less galloping than in some places but whose influence is felt in the making and we celebrate our arrival in the gastronomic state par excellence, around two dozen of spicy big shrimps.

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Day 3 – Mile 247
(Buck’s Backyard, Buda, Texas, sep 29, 11.30am)

La personne qui doit accompagner Van Wilks à son concert (qu’il présente d’emblée comme une « expérience », puisqu’il s’agit d’une salle qui ne propose jamais de concert à midi le dimanche, mais se le tenterait bien, et donc se le tente, avec Van comme sujet d’expérimentation consentant, en version duo acoustique, accompagné de Josh Smith, un type super sympa —et excellent musicien— mais pas exempt de défauts puisque ardent fan du PSG —euh oui oui, je fais des parenthèses plus longues que le reste de mes phrases si je veux !) est retardée, nous mettons ses guitares, effets et tout le reste dans notre bagnole de location et filons jusqu’à Buda, à une vingtaine de minutes de chez lui.
Le lieu est immense (le Texas, quoi !), avec également une grande scène dehors et… particulièrement désert(é & ique) (nous sommes pour l’instant… quatre ! Moi, Dimi, Lisa et la tante de Josh, LeAnn.
Van ne le sentait pas trop, et il avait raison sur toute la ligne. Pas grand-monde pour se plaindre, de toute manière, et certainement pas nous autres, les « french guys » comme on commence à nous appeler, surtout que non seulement nous profitons d’un chouette concert à deux guitares (avec notamment une belle version instrumentale du « No Expectations » des Stones, Stones dont ils reprendront aussi « Mercy Mercy » —dont on entendra plus tard dans la journée, une autre très bonne version, par Chicken Strut), mais en plus nous en profitons pour tester notre enregistreur audio Tascam (énorme son !)…

Nous repassons déposer tout notre matériel respectif, puis Van nous conduit jusqu’à l’historique Scoot Inn (nous en profitons pour écouter la première moitié de son dernier album, 21st Century Blues, une petite merveille de blues hard rock honteusement même pas distribuée en France), la plus ancienne brasserie du centre du Texas fondée en 1871, où nous laissons notre voiture, pour nous installer à l’arrière de la sienne et le laisser être notre guide d’un après-midi, histoire de vérifier si Austin, la ville aux plus de 250 salles de concerts, mérite toujours son surnom de « capitale mondiale de la musique live ».
Franchement, même si comme à d’autres endroits dans le pays (oui, c’est mon côté devin, je vous raconte déjà ce qui va se passer dans quelques jours ou semaines, mais j’espère ne rien vous divulgacher —ah, que j’adore ce mot : divulgacher ! Les Québecois sont quand même forts côté vocabulaire), certaines rues sont devenues clairement des enfilades d’attrape-touristes, l’ambiance reste tout de même particulièrement musicale si l’on prend la peine de faire du tri. Et rien de mieux pour faire pareil tri qu’un guide local du calibre de Van Wilks !…
Nos oreilles sont attirées par le son de Chicken Strut, depuis le Güero’s Oak Garden et il s’avère que Van est pote avec le clavier avec lequel il joue de temps à autre, ainsi que le guitariste (un sosie d’un bon ami, Fabrice, à qui je m’empresse d’envoyer une photo). Forcément, il lui en faut moins pour monter sur scène et nous le retrouvons, guitare en bandoulière, pour deux ou trois reprises bien frappées.
Dans la foulée, changement d’ambiance totale avec The Irish Invasion au Saxon Pub… Bon, déjà, j’espère que vous appréciez l’ironie d’avoir un groupe s’appellant The Irish Invasion dans un… Saxon Pub ! Irish Invasion sans son violon attitré, mais avec l’exceptionnel Rich Brotherton (par ailleurs gâchette attitrée de Robert Earl Keen) à la guitare et au banjo. Au passage, une reprise particulièrement bien troussée de « A Man Is In Love », un morceau des Waterboys extrait de l’album Room To Roam. Après le concert, Van présente à Dimi une connaissance à lui, qu’il présente comme un « artiste ». Le gars dont j’ai totalement oublié le nom, mais pas oublié de l’oublier par contre, fait mine de s’intéresser au travail de Dimi (qui a photographié pas mal de ses dessins avant de partir), mais en fait n’a qu’une envie : nous montrer ses « œuvres » à lui et nous bourrer le mou avec ses histoires de prières, d’anges, de réconciliation de l’homme avec l’humanité alors qu’il gravit une montagne d’écueils… Enfin, voilà, j’écoute d’une demi-oreille et bifurque finalement pour profiter des souvenirs de tournées de Van et Rich.

De toute façon, il est l’heure de nous ramener au Scoot Inn, car ce soir joue The White Buffalo, le groupe que j’écoute le plus dernièrement, et indiscutablement celui que j’avais le plus envie de voir sur scène. Ils se présenteront en trio, ce qui me fait craindre un son trop éthéré, le groupe étant tout de même assez adepte d’un néo-folk tortueux et ombragé (pour ceux qui ne connaissent pas, vous pouvez prendre la B.O. d’Into The Wild par Eddie Vedder, et lui rajouter trois bonnes louches d’inspiration de génie !), alors qu’en fait… la formule à trois est totalement explosive et addictive ! Jake Smith (puisque The White Buffalo, c’est d’abord et surtout Jake Smith, sa voix, sa carrure, ses textes, ses compos) est même quelqu’un de particulièrement souriant et drôle, à des années-lumière du mec torturé que je m’attendais à voir. C’est bien simple, par bien des aspects, j’ai beaucoup pensé aux Violent Femmes (un bassiste virtuose, un batteur virevoltant, un leader charismatique qui aimante le public) et tout comme les Violent Femmes, The White Buffalo est une incroyable machine de guerre sur scène. À noter la première partie (nous sommes arrivés pour les trois derniers morceaux) plus que correct de L.A. Edwards, ce qui nous aura quand même fait six formations live en une demi-journée, pas mal pour un dimanche où, selon les dires des musiciens locaux, il ne se passe pas grand-chose à Austin !…

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The person who must accompany Van Wilks to his concert (which he immediately presents as an « experience », since it is a venue that never offers a concert at noon on Sundays, but would be tempted, and therefore tempt it today , with Van as a consenting subject of experimentation, in acoustic duo version, accompanied by Josh Smith, a super nice guy —and great musician— but not without defects since ardent PSG fan -uh yes yes, I make longer parentheses than the rest of my sentences if I want!) is delayed, we put his guitars, effects and everything else in our rental car and drive to Buda, about 20 minutes from his house. 
The place is huge (Texas, what!), with also a big stage outside and… particularly deserted (& ic) (we are for the moment… four! Me, Dimi, Lisa and Josh’s aunt, LeAnn. 
Van didn’t feel it too much, and he was right all along. Not many people to complain, anyway, and certainly not us, the « French guys » as we are starting to be called, especially since not only do we enjoy a great concert with two guitars (with notably a beautiful instrumental version of the « No Expectations » of the Stones, Stones from which they will also cover « Mercy Mercy » – that we will hear later today another very good version, by Chicken Strut), but also we take the opportunity to test our audio recorder Tascam (huge sound!)…

We drop off all our respective equipment again, then Van drives us to the historic Scoot Inn (we take this opportunity to listen to the first half of his latest album, 21st Century Blues, a little wonder of hard rock blues shamefully not even distributed in France), the oldest brewery in central Texas founded in 1871, where we leave our car, to settle at the back of his and let him be our guide for an afternoon, to check if Austin, the city with more than 250 concert venues, still deserves its nickname as the « Live music capitol of the world ». 
Frankly, even if, as in other places in the country (yes, it’s my diviner’s side, I’m already telling you what’s going to happen in a few days or weeks, but I hope I don’t « divulgache » anything to you -ah, that I love this word: divulgache! Quebecers are still strong to put fun in vocabulary —and sorry for my non French speaking readers, this one ain’t for you !), some streets have clearly become strings of tourist catchers, the atmosphere remains particularly musical if you take the time to sort through them. And there’s nothing better to do such a selection than a local guide of Van Wilks’ caliber!….. 
Our ears are attracted by the sound of Chicken Strut, from Güero’s Oak Garden and it turns out that Van is buddy with the keyboard he plays with from time to time, as well as the guitarist (a double of a good friend, Fabrice, to whom I hasten to send a picture). Obviously, he needs less to get on stage and we find him, guitar slung over his shoulder, for two or three well-punched covers. 
In the meantime, total change of atmosphere with The Irish Invasion at the Saxon Pub… Well, already, I hope you enjoy the irony of having a band called The Irish Invasion in a… Saxon Pub! Irish Invasion without its official violin, but with the exceptional Rich Brotherton (Robert Earl Keen’s official trigger) on guitar and banjo. By the way, we can hear a particularly well-packed cover of « A Man Is In Love », a Waterboys song from the Room To Roam album. After the concert, Van introduces Dimi to an acquaintance of his own, whom he introduces as an « artist ». The guy whose name I totally forgot, but didn’t forget to forget it though, pretends to be interested in Dimi’s work (who photographed a lot of his drawings before leaving France), but in fact has only one desire: show us his « works » of his and stuff us with his stories of prayers, angels, reconciliation of man with humanity as he climbs a mountain of pitfalls… Finally, here I am, listening half an ear and finally forks off to enjoy the memories of Van and Rich’s tours.

Anyway, it’s time to take us back to the Scoot Inn, because tonight is playing The White Buffalo, the band I’ve been listening the most recently, and definitely the one I wanted to see on stage. They will present themselves as a trio, which makes me fear a too ethereal sound, the band being nevertheless quite adept at a tortuous and shaded neo-folk (for those who don’t know, you can take the soundtrack of Into The Wild by Eddie Vedder, and add three good ladles of genius inspiration to it!), when in fact… the three-part formula is totally explosive and addictive! Jake Smith (since The White Buffalo is first and foremost Jake Smith, his voice, his build, his lyrics, his compositions) is even someone particularly smiling and funny, light years away from the tortured guy I met.
It’s quite simple, in many ways, I’ve thought a lot about the Violent Women (a virtuoso bassist, a whirling drummer, a charismatic leader who captivates the audience) and just like the Violent Women, The White Buffalo is an incredible war machine on stage. To note the first part (we arrived for the last three songs) more than correct of L.A. Edwards, which still made us six live bands in half a day, not bad for a Sunday where, according to local musicians, not much is happening in Austin!….

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Day 2 – Mile 227
(Van Wilk’s Guitarland, Austin, sep 28, 1pm)

Passer de Fort Worth à Austin est presque aussi abrupt que notre changement d’ambiance de la veille, surtout que le trajet de près de 200 miles pour descendre plein sud est d’une monotonie assourdissante. Autoroute, autoroute, autoroute et un peu d’autoroute, rien autour et juste toutes les cinq minutes une sortie avec sa station essence et ses trois, quatre ou cinq temples de porn-food, le tout annoncé fièrement quelques miles plus tôt, sur de gigantesques panneaux publicitaires aussi indiques que les devantures de nos pires kebabs parisiens. Bon, il faut bien se remplir la bedaine, même si nos estomacs ne savent plus à quel repas se vouer, et nous en passerons (enfin nous, c’est surtout Dimi, c’est lui l’inexpérimenté de service, à lui les tests et expérimentations déraisonnés !) par des Nashville hot sausage (ou un truc dans le genre), à savoir des espèces de saucisses de poulet reconstitué avec plein d’épices et de piment pour cacher le goût de toutes les saloperies qui y ont été ajoutées pendant la transformation).
Austin, donc, que nous abordons en plus par un de ses plus beaux quartiers, à tel point que nous décidons d’y établir notre base jusqu’au soir (c’est tout juste si nous sortirons chercher des sushis, en début de soirée, quand nos appétits deviendront trop tapageurs), surtout que notre hôte d’un w.e., Van Wilks, est présent, que je ne l’ai pas vu depuis des lustres (la Crossroads Night pour être tout à fait précis) et qu’on a plein de machins, de trucs et de muches à nous raconter.
Van Wilks nous accueille à Guitarland, le petit cottage à l’arrière de sa maison, et qui donne sur un jardin immense, qui est aussi l’endroit où il donne ses leçons de guitare… Pas loin, une fiesta mexicaine bât son plein, ajoutant une petite touche locale pas désagréable. Van Wilks, pour ceux qui ne connaissent pas, est un immense guitariste, clairement l’un des tout meilleurs du Texas blues, comme le rappelle régulièrement son vieux pote Billy Gibbons. Il n’est pas du niveau des meilleurs, il les tutoie au quotidien. Et comme tous les grands artistes, Van est d’une gentillesse et d’une attention sans faille.
Nous décidons d’essayer de tenter de commencer à laisser nos cerveaux se mettre peut-être éventuellement un peu mais pas trop en chauffe, le lieu, véritable caverne d’Ali Baba version rock’n’blues, s’y prêtant parfaitement.
Je commence à écrire ces quelques lignes sur nos premières tribulations, mais ai un peu de mal à mettre de l’ordre dans ce fatras de matière grise pas même en début d’ébullition —ma journée a duré deux jours, plus la perte d’énergie à me concentrer trois heures durant sur la route et je le sens. Dimi, de son côté, s’éclate à faire son premier dessin, un mix entre un petit personnage (il s’avère qu’a priori ce serait… un chien) que j’avais photographié sur un banc devant le cottage, et une petite guitare rigolote parmi les nombreuses en exposition ici. Dessin que j’ai photographié avant qu’il ne l’accompagne d’un petit mot pour remercier Van pour son hospitalité (n’oublions pas sa compagne Lisa, au même diapason que lui) et qu’il lui offre, après une courte (mais sympathique) soirée à deviser et refaire le monde autour d’une montagne de sushis et sashimis…
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Going from Fort Worth to Austin is almost as abrupt as our change of atmosphere the day before, especially since the nearly 200-mile trip down south is a deafeningly monotonous one. Highway, highway, highway, highway and a little highway (for a change), nothing around and just every five minutes an exit with its gas station and its three, four or five porn-food temples, all proudly announced a few miles earlier, on huge billboards as indicated as the faces of our worst Parisian kebabs. Well, you have to fill your belly, even if your stomachs don’t know what to eat, and we’ll go through it (well, « we » means mostly Dimi, he’s the inexperienced servant, he’s the one who has unreasonable tests and experiments!) by Nashville hot sausage (or something like that), namely species of chicken sausages reconstituted with lots of spices and chillies to hide the taste of all the filth that was added during processing).
Austin, therefore, that we approach in addition by one of its most beautiful districts, to such an extent that we decide to establish our base there until the evening (barely if we will go out to get sushi, in the early evening, when our appetites will become too loud), especially that our host of the weekend, Van Wilks, is present, that I haven’t seen him for ages (Crossroads Night to be precise) and that we have a lot of stuff to tell each other.
Van Wilks welcomes us to Guitarland, the small cottage at the back of his house, which overlooks a huge garden, the place where he gives his guitar lessons… Not far away, a Mexican fiesta is in full swing, adding a small but not unpleasant local touch. Van Wilks, for those who don’t know him, is a huge guitarist, clearly one of the very best in Texas blues, as his old friend Billy Gibbons regularly reminds everybody who would listen to. He is not at the level of the best, he is familiar with them on a daily basis. And like all great artists, Van is kind and attentive.
We decide to try to start to try letting our brains get a little bit hotter but not too hot, the place, a real Ali Baba rock’n’blues version cave, being perfectly suited to it.
I’m starting to write the few lines about day 1 and 2, but I’m having a little trouble getting this mess of brainpower being in order not even at the beginning of the boil —my day lasted two days, plus the loss of energy to focus three hours on the road and I feel it. Dimi, on his side, is having fun making his first drawing, a mix between a little character (it turns out it would be… a dog) that I had photographed on a bench in front of the cottage, and a funny little guitar among the many on display here. Drawing that I photographed before he accompanied it with a note to thank Van for his hospitality (let’s not forget his partner Lisa, as gentle and kind as he is) and that he offers him, after a short (but nice) evening to estimate and remake the world around a mountain of sushis and sashimis….

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Day 1 – Mile 29
(Billy Bob’s Texas, Fort Worth, Texas, sept 27, 10pm)

Entre notre atterrissage (après lequel je prends bien note de la première —d’une sans doute longue série— citation mémorable de Dimi, trahissant certes un peu de fatigue : « On se croirait dans GTA, je peux te guider à travers les yeux si tu veux ? »), et notre arrivée au Billy Bob’s Texas, autoproclamé le plus grand Honky Tonk au monde (rien que ça ! Mais l’endroit est effectivement immense et peuplé pour un soir —qui doit ressembler à tous les soirs— de centaines, peut-être même de milliers de purs produits texans. Et rien que l’adresse du bouzin en dit long —Rodeo Plaza !), ça n’aura été qu’une course contre la montre.
Au niveau de la douane, tout d’abord, avec un uniforme sur pattes et ce qui ressemble de très loin à un être humain dedans nous submergeant de questions et commençant même à noter scrupuleusement, du bout de deux de ses doigts boudinés… l’intégralité de toutes les étapes prévues de notre périple, avant que je ne bascule vers une version plutôt raccourcie), ensuite lorsqu’il a fallu se repérer au milieu d’un tissu autoroutier sur plusieurs niveaux (qui m’a immédiatement fait penser à Crash) pour trouver la direction de notre Motel 6 (un choix économique judicieux mais désastreux pour ce qui est des nuisances sonores, bien au-delà du nuisible —même sans tenir compte de la climatisation, qui faisait un bruit de fusée au décollage, mais une fusée qui décollerait non stop, toute la nuit durant !), toujours sur la route lorsqu’évidemment la seule sortie fermée (pour cause de pick-up ayant opéré une jolie sortie de route) était le nôtre…

Si nous avons opté pour un démarrage en trombe, plutôt qu’une tentative d’endormissement forcé et au ronflement de rigueur, et alors que nos métabolismes étaient en pleine surchauffe, c’est pour la meilleure des bonnes raisons.
— « Mais tu fais quoi, le Goof », me dit à peu près le mien de métabolisme, « il est cinq heures du mat, pour toi, maintenant… et puis tu viens de passer d’une vingtaine de degrés à plus de 35… pis ils ont tous des chapeaux de cowboy et l’uniforme de John Wayne qui va avec, ici, attention terrain miné pour quelqu’un comme toi qui pense qu’il y a toujours trop de chefs et pas assez d’indiens », etc., etc.
Ce que je fais, je vais te le dire, petites claouites de métabolisme, c’est ne pas atrophier mon enthousiasme de nain priapique (j’avais dit que je caserai un nain priapique dès les premiers paragraphes, bam, défi niveau 1 dans la poche !) et enfin profiter d’une prestation live des Wallflowers, le groupe de Jakob Dylan, fils de, vu qu’il était plus que bien placé sur ma mini-liste de formations jamais vues. Merci à Gary Louris, au passage, pour m’avoir dégoter ces deux places (et les deux backstage pass qui vont bien avec) deux jours plus tôt, lorsque j’ai découvert l’existence de ce concert.
Pour le reste, c’était bien, forcément, car les chansons sont bonnes et les musiciens tout autant. Mais le public vraiment trop « américain », des centaines de gens attablés-avachis (ou l’inverse), sirotant bière lavasse sur bière pissasse, le smartphone sorti pour balancer non stop des vidéos dégueulasses sur les réseaux sociaux, nous a un peu gâché notre plaisir, sans même le moindre rattrapage possible d’un dépaysement tout compte fait assez fun, même si un peu brutal.
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Between our landing (after which I take good note of the first —probably long series of— memorable quote from Dimi, certainly betraying a little fatigue: « We feel like we’re in GTA, I can guide you through the eyes if you want? »), and our arrival at Billy Bob’s Texas, self-proclaimed the greatest Honky Tonk in the world (just that! But the place is indeed huge and populated for one evening —which must look like every evening— with hundreds, perhaps even thousands of pure Texan products. And just the mail address says a lot —Rodeo Plaza!), it was only a race against time.
At the customs level, first of all, with a uniform on legs and what looks from a distance like a human being in there overwhelming us with questions and even starting to scrupulously note, with the tip of two of his sulked fingers… all the planned stages of our trip, before I switch to a rather shortened version), then when it was necessary to find one’s way through a highway fabric on several levels (which immediately reminded me of Crash) to find the direction of our Motel 6 (a wise economic choice but disastrous in terms of noise pollution, well beyond the nuisance —even without taking into account the air conditioning, which made a rocket sound at takeoff, but a rocket that would take off non-stop, all night long!), again on the road when obviously the only closed exit (because of a pickup truck having made a nice road excursion) was ours…

If we opted for a sudden start, rather than an attempt at forced falling asleep and snoring rigorously, and while our metabolism was in full overheating, it was for the best of good reasons.
– « But what are you doing, da Goof », tells me my own metabolism, « it’s about five in the morning, for you, you know… and then you just went from about 20 degrees to over 35… and they all have cowboy hats and the whole John Wayne’s uniform that goes with it, here, caution danger for someone like you who thinks there are still too many chiefs and not enough Indians », and so on.
What I do, I’ll tell you, little metabolic nuts, is not to atrophy my enthusiasm as a priapic dwarf (I said I’d put a priapic dwarf in the first paragraphs, just did it, challenge level 1 in the pocket!) and finally enjoy a live performance of the Wallflowers, Jakob Dylan’s band, son of, since he was more than well placed on my mini-list of never seen bands. Thanks to Gary Louris, by the way, for getting me these two tickets (and the two backstage passes that go well with them) two days earlier, when I discovered the existence of this concert.
For the rest, it was great, necessarily, because the songs are great and the musicians are just as great. But the really too « American » audience, hundreds of people sitting at tables slumped (or the opposite), sipping blanch beer on pissed beer, smartphone out to constantly play poor quality videos on social networks, has ruined our pleasure, without even the slightest possible catch-up of a change of scenery that was quite fun, even if a little brutal.

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Day presque one, – 4948 miles
(Aéroport Charles de Gaulle, 27 septembre, 15h20)

Notre voyage commence par un fou-rire !
Lorsque nous arrivons dans l’avion, notre voisine d’un demi-jour est déjà installée et nous fait irrémédiablement penser aux fameuses gitanes dont Borat a si peur et qu’il cherche à occire par tous les moyens possibles, y compris (et particulièrement) ceux laissant de sévères traces sur le pare-chocs des voitures.
Un peu plus tard, lorsque nous en arriverons à notre première collation (aux alentours de 16h, les Américains non seulement bouffent n’importe quoi, mais en plus n’importe quand !), nous vivrons un échange —ou tentative de— assez épique, quand Dimi tentera une opération de médiation-traduction (car elle ne parle visiblement pas bien anglais, et est par ailleurs —ou alors fait-elle semblant, mais alors vraiment bien semblant— sourde comme un pot), qu’on peut résumer ainsi.

Hôtesse #1 : Meatballs ou pasta ?
Notre voisine : ??
Hôtesse #1 (plus fort) : Meatballs ou pasta ?
La voisine regarde Dimi, le regard plein d’interrogation…
Dimi : Pour manger, on vous propose soit des meatballs, soit des pasta…
Notre voisine : Du poulet !
Hôtesse #1 (vraiment TRÈS fort) : MEATBALLS OU PASTA ?
Notre voisine : Du poulet !
Dimi : Non, mais il n’y a pas de poulet, en fait…
Notre voisine (après une réflexion de quelques secondes mais qui parait durer une éternité) : …/… Du poulet !!!
Hôtesse #1 : Meat…
Hôtesse #2 : Non mais laisse tomber…
Hôtesse #1 : Bon ce sera Meatballs…
Notre voisine (au moment où Dimi dépose gentiment son petit plateau devant elle, le regarde) : Poulet ??
Elle était bien sympathique, sinon, cette vieille gitane (j’écris « vieille gitane » mais peut-être est-elle simplement daltonienne ainsi que portée sur des choix vestimentaires hors d’âge, ce qui expliquerait la connexion instantanée et toute goofesque de mes trois neurones et demi en éveil, avec Borat, sachant qu’il ne m’en faut pas beaucoup, tout de même, pour penser à Borat). En tout cas, sans entrailles fumantes de poulet, elle n’a pas pu nous jeter de sort et notre voyage s’est déroulé sans le moindre problème…

Les éléments de voisinage disons « particuliers », je ne sais pas si c’est moi qui les attire ou simplement si j’y fais plus attention, mais juste devant nous, nous avions deux autres spécimens, ce coup-ci assez impressionnants de connerie, une mère et sa fille (a priori), du genre gentiment ravies de la crèche, les seules de tout l’avion (blindé, 240 péquins au bas mot) à écouter scrupuleusement les messages de l’équipage, en arrêtant bien de respirer devant les incroyables enjeux (pour leur survie en devenir, mais pas que), par exemple en vérifiant sous le siège que leur gilet de sauvetage était bel et bien à la place qui lui est dévolu, etc.
Écoutez, c’est bien simple, il y a des signes qui ne trompent pas : la fille a regardé trois fois de suite Chicago (!!!), la larme à l’œil de surcroît (oui trois fois de suite la larme à l’œil de surcroît !), tandis que la mère a laissé tourner en boucle CNN sur son petit écran, dix heures durant, si vous voyez un peu mieux maintenant à quoi je faisais allusion.
Transition parfaite pour moi qui profite toujours des vols long courrier pour rattraper le retard accumulé côté ciné et/ou voir des films pas encore sortis chez nous, ou pas longtemps ou passés inaperçus, ou la tête alouette.
Pour ce voyage, j’ai d’abord tenté (en vain) de m’abrutir avec l’espoir fugace d’un endormissement quelconque, dont j’avais bien besoin, les trois quatre jours précédant notre départ ayant été particulièrement chargés. En effet, quand nos mômes étaient petits et que nous les emmenions voir les derniers Marvel et autres conneries du même tonneau, ça ne loupait jamais, et je m’endormais dès les premiers plans, bercés par les explosions et la musique tapageuse.
Me souvenant de cette technique limite Ninja de sieste auto-imposée sur fond de boucan blockbusterisé, je me suis donc tenté le troisième John Wick du nom, mais n’en ai récolté qu’un mal de crâne monumental. Et que c’est atrocement mis en scène ! Je sais bien qu’on appelle cela communément « l’industrie » cinématographique, mais là ça ressemble à du travail à la chaîne bâclé avec de la main d’œuvre visiblement inadaptée à la tâche. Je ne sais pas qui s’est notamment occupé des chorégraphies des bastons des quelques premières scènes que j’ai réussi à supporter, ni si quelqu’un s’en est occupé d’ailleurs, mais c’est aussi affligeant qu’indigent.
J’ai donc laissé tomber cette mauvaise idée de vouloir m’abrutir et ai à la place opté pour une triple projection sur mini-écran, à commencer par Long Shot de Jonathan Levine, parce que j’adore la voix de Seth Rogen, mais aussi parce que son premier long (All The Boys Love Mandy Lane, pour rappel) avait fait un peu plus que nous faire découvrir Amber Heard ; Long Shot qui se révèle être une comédie sans surprise, mais donc sans mauvaise surprise non plus (pas une comédie française, en somme). J’ai ensuite opté pour Le Projet Hummingbird, notamment pour la présence d’Alexander Skarsgard (qui est d’ailleurs le seul élément de ce film particulièrement fainéant à sauver). Enfin, j’ai terminé par The Mule, de Clint, parce que Clint, quoi. Un Clint que j’ai trouvé aussi affûté dans le jeu que diminué physiquement. Bon, je ne développe pas plus, hein, que les anciens lecteurs de Brazil ne se croient pas trop vite embarqués dans un voyage dans le temps du côté de nos légendaires (si si) compte-rendus cannois.

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Our journey begins with a laugh!
When we arrive in the plane, our half-day neighbour is already settled and makes us irremediably think of the famous gypsies Borat is so afraid of and tries to occipitate by all possible means, including (and especially) those leaving severe traces on car bumpers.
A little later, when we get to our first snack (around 4pm, Americans not only eat anything, but also anything at any time!), we will experience a fairly epic exchange —or attempt of— when Dimi tries a mediation-translation operation (because she obviously doesn’t speak English well, and is otherwise —or she pretends, but then she really pretends really good— stone-deaf), which can be summarized as follows.

Hostess #1: Meatballs or pasta?
Our neighbour:???
Hostess #1 (louder): Meatballs or pasta?
The neighbour looks at Dimi, her eyes full of questions….
Dimi: To eat, we offer you either meatballs or pasta…
Our neighbour: Chicken!
Hostess #1 (really VERY louder): MEATBALLS OR PASTA?
Our neighbour: Chicken!
Dimi: No, but you know there is no chicken, actually…..
Our neighbour (after a reflection of a few seconds but which seems to last forever): …/…Chicken!!!
Hostess #1: Meat….
Hostess #2: Forget about it !
Hostess #1: Well, it will be Meatballs….
Our neighbour (just as Dimi is gently placing her small tray in front of her, looks at him): Chicken???
She was very nice, otherwise, this old gypsy (I write « old gypsy » but maybe she is simply colorblind and focused on out of age clothing choices, which would explain the instantaneous connection and all the goofesque of my three and a half awake neurons, with Borat, knowing that I don’t need much to think of Borat). In any case, without the smoking chicken entrails, she couldn’t put a spell on us and our trip went off without any problems…

The neighbourhood elements, let’s say « particular », dunno if it’s me who attracts them or just if I’m more careful, but just in front of us, we had two other specimens, this time quite impressive bullshiters, a mother and her daughter (or anyway they look like mother and daughter), of the kind kind kindly delighted with the crib (sorry guys, this is a French expression that I love and which haven’t any equivalent in English!!), the only ones in the whole plane (fully full, 240 people at least) to listen scrupulously to the crew’s messages, stopping breathing in front of the incredible stakes (for their survival, but not only), for example by checking under the seat that their lifejacket was indeed in the place assigned, and so on.
Look, it’s quite simple, there are signs that don’t fool you: the girl has watched Chicago three times in a row (!!!!), with a tear in her eye (yes, three times in a row with a tear in her eye!), while the mother has let CNN loop on her small screen for ten hours, if you better understand now what I was talking about.
Perfect transition for me who always takes advantage of long distance flights to catch up on the cinema side and/or see films not yet released in France, or not for long or gone unnoticed.
For this trip, I first tried (in vain) to dazzle myself with the fleeting hope of some kind of sleep, which I needed, since the three four days before our departure had been particularly busy. Indeed, when our kids were little and we took them to see the latest Marvel and other bullshit from the same barrel, it never missed, and I fell asleep from the first scenes, rocked by explosions and loud music.
Remembering this borderline Ninja technique of self-imposed nap on a background of blockbusterized noise, I tried the third John Wick of the name, but only got a monumental headache. And how horribly directed ! I am well aware that this is commonly referred to as the film « industry », but this looks like sloppy chain work with a workforce that is clearly unsuitable for the task. I don’t know who did the choreography for the fights of the first few scenes I managed to survive to, or if anyone did, but it’s as distressing as it is destitute.
So I dropped this bad idea of wanting to dull myself and instead opted for a triple projection on the mini screen, starting with Jonathan Levine’s Long Shot, because I love Seth Rogen’s voice, but also because his first feature (All The Boys Love Mandy Lane, as a reminder) had done a little more than introduce us to Amber Heard; Long Shot which turns out to be a comedy without surprise, but therefore without bad surprise either (not a French comedy, in short). I then opted for The Hummingbird Project, in particular for the presence of Alexander Skarsgard (who is the only element to save from this particularly lazy film). I ended up with The Mule, by Clint, because Clint, period. A Clint that I found as sharp in the game as it was physically diminished. Well, I don’t develop any more, eh, don’t want the former readers of Brazil to think they’re too quickly embarked on a journey back in time on the side of our legendary Cannes Films Festival reports.

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[22 juillet 2019 / english below]

Highway 61Je prépare actuellement un double road trip « Route du Blues » + « Route 66 » qui devrait déboucher sur la publication de deux livres (j’y assurerai textes et photos, et mon second fils Dimitri les illustrations) et la réalisation de deux documentaires.
Le documentaire sur la Route du Blues devrait être monté et terminé en exclusivité pour la 25ème édition du festival Blues Autour du Zinc.
Un carnet de route (différent des textes des futurs livres) sera publié sur cette page, en temps réel (du 17 septembre au 13 décembre prochains)…
J’en suis à la phase de financement (l’idée de ce projet remonte à fin juin seulement !) et suis notamment en recherche active de sponsors (si jamais certains sponsors potentiels en venaient à passer par ici, sait-on jamais, sur un malentendu)…

 

Route 66I am currently preparing a double road trip « Route du Blues » + « Route 66 » which should lead to the publication of two books (I will provide texts and photos, and my second son Dimitri the illustrations) and the production-direction of two documentaries.
The documentary about the Route du Blues should be edited and completed exclusively for the 25th edition of the Blues Around Zinc festival. 
A roadbook (different from the texts of future books) will be published on this page, in real time (from September 17 to December 13)…
I am in the financing phase (the idea of this project dates back to the end of June only!) and am in particular actively looking for sponsors (if ever some potential sponsors came to pass by here, one never knows, on a misunderstanding)…